Comme prévu, Rodolphe Jaar a fait ce jeudi sa première comparution par devant un tribunal fédéral de Miami, en Floride aux Etats-Unis. Extradé récemment sur le sol américain, l’homme d’affaires a été accusé d’avoir fourni un soutien matériel ayant entraîné la mort du président haïtien Jovenel Moïse. L’ancien trafiquant de drogue qui a été représenté par le bureau du défenseur public fédéral, faute d’argent, sera détenu au centre de détention fédéral de Miami en attendant la prochaine audience prévue mercredi prochain et sa mise en accusation le 3 février. Compte rendu, Luckson Saint-Vil, notre correspondant aux Etats-Unis.

Il arbore sa combinaison de prisonnier, de couleur belge. Menote en mains, chaine autour de la taille, Rodolphe Jaar porte un cache-nez de couleur bleu, alors qu’il se présente par devant le tribunal fédéral de Miami. L’audience est virtuelle en raison de la pandémie, et c’est la juge fédérale Lauren Fleischer Louis qui la préside.

Selon ce qu’a rapporté le service créole de La Voix de l’Amérique, l’homme d’affaires, avant le début de la séance, avait l’air pensif, M. Jaar, par moment, appuyant sa tête contre un mur tout près de lui. L’homme qui a avait déjà été condamné pour trafic de drogue, s’exprime en anglais au cours de l’audition où il prend connaissance des accusations officielles de la justice américaine, dans le dossier de l’assassinat de Jovenel Moise. 

Dans cette plainte dévoilée ce jeudi par le Département de justice des Etats-Unis, il est mentionné que Rodolphe Jaar a mis une maison à la disposition de 20 Colombiens, recrutés pour exécuter un soi-disant mandat d’arrestation contre l’ancien Chef d’Etat. L’homme d’affaires a avoué, dans une interview avec les enquêteurs, qu’il était chargé de fournir des armes à feu pour l’opération. D’après le document, le suspect a assisté, en juin 2021 à une rencontre avec d’autres comploteurs dont Mario Antonio Palacios Palacios et un Haitiano-Américain, pour discuter du plan d’arrestation. 

La plainte précise qu’en date du 9 décembre dernier, M. Jaar a répondu volontairement aux questions des enquêteurs américains en dehors des Etats-Unis. « Le projet a été transformé en assassinat, parce que le premier plan qui était d’arreter, puis évacuer le Chef de l’Etat par avion avait échoué », a témoigné le nanti. Rodolphe Jaar admet avoir aidé Palacios, co-exécutant du complot les anciens soldats Colombiens à se retrancher dans une ambassade étrangère, après l’assassinat.

Selon l’avocat du gouvernement des Etats-Unis, Walter Norkin, l’ex-informateur de la DEA est arrivé sur le sol américain mercredi dernier dans l’après-midi, suite à une demande volontaire. A l’occasion de cette première comparution, la juge Lauren Fleischer Louis avait chargé le bureau du défenseur public fédéral de représenter M. Jaar, puisqu’il a déclaré n’avoir pas d’argent ni de biens pour payer un avocat.

Au cours de l’audience, la Juge a interrogé le suspect sur son revenu annuel. Selon ce qu’a rapporté la Voix de l’Amérique, Rodolphe Jaar a affirmé qu’il est au chômage depuis 6 mois, et qu’il n’a aucun revenu actuellement. « J’ai seulement 2 mille dollars américains dans un compte bancaire en Haïti. Je n’ai aucune propriété, aucun véhicule ou aucun bien aux Etats-Unis », a-t-il déclaré devant le tribunal.

En raison de l’absence de revenu évoqué par le suspect, la Juge lui a permis d’avoir un avocat du gouvernement. Joaquin Padilla représentera le présumé meurtrier, en attendant que le concerné engage lui-même son propre avocat. Suite à des concertations secrètes avec Rodolphe Jaar, son désormais client, l’homme de loi a demandé au tribunal de lui accorder beaucoup plus de temps, avant de franchir les autres étapes dans le processus légal.

Une demande accordée par la Juge, qui fixe pour mercredi prochain, 10 heures du matin, la prochaine comparution. « Ce sera une audience préliminaire pour discuter de la détention », a précisé Lauren Fleischer Louis. 

L’avocat du gouvernement américain, Walter Norkin de son côté, a demandé au tribunal de garder en prison Rodolphe Jaar, puisqu’il n’a aucun statut légal d’immigration aux Etats-Unis. Selon Miami Herald, l’homme d’affaires sera détenu pour l’instant au centre de détention fédéral de Miami, où il sera gardé en isolement en raison du Coronavirus. « Une autre audience sur sa mise en accusation aura lieu également le 3 février », a écrit le média Floridien. A ce moment, le suspect pourra plaider coupable ou non-coupable.

Selon le journal, qui cite Me. Norkin, la demande de mise en détention de Jaar a été formulée, parce qu’il est accusé d’un crime grave pouvant entraîner une peine de prison à vie, mais aussi, parce qu’il présente un risque de fuite. L’avocat du gouvernement a également indiqué que Rodolphe Jaar avait été condamné pour trafic de cocaïne il y a dix ans, et qu’il n’a purgé que quatre ans de prison.

Deuxième suspect arrêté par les autorites américaines dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse, Rodolphe Jaar, 49 ans, est de nationalité Haitienne et Chilienne, selon les informations communiquées par le Département de justice des Etats-Unis.