Qui a tué Jovenel Moïse ? Qui a financé l’opération ? Qui sont les auteurs intellectuels ? Pourquoi ? La liste des questions est longue comme le bras. Les réponses se font rares, un mois après l’assassinat crapuleux du 58ème Chef d’Etat d’Haïti. Tout le monde est dans l’attente de la Vérité. Mais, cette Vérité quand viendra-t-elle ? Où se cache-t-elle ? La Vérité, semble-t-il, n’est même pas au fond du puits. Difficile de la déceler. C’est le tiraillement. C’est le brouillage des pistes, calculé ou improvisé. Entre la Justice et la Vérité, on ne sait laquelle des deux cherche l’autre. L’enquête piétine, tout ou presque porte à croire que les têtes pensantes du crime odieux sabrent encore le champagne.

La mort de l’homme le plus sécurisé d’Haïti est d’autant plus tragique qu’elle est surprenante. De ce fait, pour la comprendre, il nous faut la Vérité absolue. Du ‘’Qui’’ au ‘’Pourquoi’’ en arrivant au ‘’Comment’’, tout doit être clair comme l’eau de roche pour la nation. Dans le cas contraire, tout est raté. Pourquoi le président de la République a reçu autant de balles ? Comment expliquer que son épouse, Martine Moïse, si proche, ait eu heureusement la vie sauve ? Que dire des agents de sécurité qui n’ont même pas subi la plus légère égratignure? Ici, nous sommes dans la réalité à l’état pur. Nous ne sommes pas en philosophie où les questions sont plus importantes que les réponses. Il nous faut clarté et précision. Des réponses, des réponses, des réponses claires et précises, c’est tout ce que nous voulons, tout ce que nous réclamons.

Sans vouloir être un pessimiste de la première heure, l’état actuel de l’enquête avec des juges d’instruction qui se montrent réticents à se saisir du dossier, nous plonge dans un doute cartésien profond et légitime. Comme bon nombre de citoyens, nous avons peur que l’affaire Jovenel Moïse ne tombe dans la scabreuse rubrique judicaire du nom de l’Enquête se poursuit. Loin de nous toute tentative d’héroïsation outrancière, nous avons peur de ne jamais connaitre « ki mò ki touye Jovenel », de même que nous ne savons toujours pas, 214 ans après, « ki mò ki te touye Lanperè ».

Un mois après l’assassinat du président de la République, Jovenel Moïse, le risque que le dossier tombe aux oubliettes existe bel et bien. Dans le cadre des Avis de recherche lancés par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), une évidence semble se faire sentir : ces sont les Avis qui recherchent les accusés et non la police. Même s’il est bien trop tôt pour dire que l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse est dans l’impasse, il s’avère on ne peut plus évident que son aboutissement n’est pas pour demain. Dans l’histoire du monde, les enquêtes sur les assassinats des Chefs d’Etat n’ont jamais été une sinécure, loin s’en faut. Mais même si toute la Vérité n’est pas toujours connue, les enquêtes ne sont pas toujours pour autant une quadrature du cercle.

GeorGes E. Allen

(Journal La Diaspora)