Quand le dieu de la mort a faim, aucun fruit n’est trop vert pour être cueilli et mangé, paraît-il. Ainsi, l’âge du jeune et talentueux Mikaben, 41 ans, importait peu pour la Grande Faucheuse ; sa famille qui l’aime, ses fans qui l’adulent, son enfant à naître ne signifient pas grand-chose pour cette bête sans visage qu’on nomme la mort, dont le caractère est toujours accidentel. Mais contrairement à la mort, cette voisine invisible, nous ne sommes pas des bêtes, nous avons heureusement une mémoire qui nous permet de ne pas oublier. Une mémoire qui empêche ceux que nous aimons et qui nous aiment de disparaître, comme le veut la bête. Dieu merci, de notre Artiste en majuscule nous avons des souvenirs qui défieront le temps, à coup sûr ! On ne t’oubliera pas Mika !

Musicien, compositeur, chanteur, producteur…, l’ipséité de Michaël Benjamin demeurera irremplaçable, comme sa disparition demeurera, indubitablement,incompensable dans l’Industrie Musicale Haïtienne. Ce génie qui avait su trouver le ton et les mots justes pour décrire merveilleusement et harmonieusement bien Haïti, à travers sa chanson « Ayiti se », ne peut mourir. Entre Mika qui est parti et nous qui restons, il n’y a pas de coupure irrémédiable, il n’existe pas de vide. Loin s’en faut ! Aujourd’hui plus qu’hier Michaël Benjamin est là, vivant. Il sera toujours prêt à nous rappeler, de sa mélodieuse voix d’enfant de chœur toujours dénuée d’arrogance, qu’Haïti n’est pas ce Chaos que nous avons ingénieusement construit, cet Enfer apocalyptique que nous avons sciemment réalisé. Mais qu’« Ayiti se bèl lanmè, bèl montay ak bèl rivyè… »

Ceci étant dit, la preuve qu’entre Mika et nous le lien n’est pas coupé est aussi grande que parlante. Le concert CARIMIKA-dramatique de Paris nous a plutôt ouvert les yeux sur l’immensité d’une immortelle légende que nous n’avons pas le droit d’oublier, sous peine d’être accusé, le moment venu, de pseudo-patriote ; puisque Mikaben lui-même était un patriote qui exposait sagement, partout, son patriotisme sans vantardise. Sur une scène de l’ancienne Métropole l’Artiste-Mapou est tombé, bicolore autour du cou. Alors, même s’il nous pendra du temps, beaucoup de temps, avant de pouvoir faire notre deuil, aujourd’hui, demain, après-demain, toujours nous pourrons chanter, sous le regard de Mika : « Ayiti cheri pou jan mwen renmen w, mwen vin depoze ti kè mwen nan men w. Ayiti cheri pou jan m adore w, pa gen ayen k ap jan m fè mwen kite w… »

GeorGes Castiba Allen