« Bêtes de science », c’est comme un recueil d’histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s’émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, plongeons dans les eaux et partons à la rencontre d’un animal mis à l’honneur lors de la dernière cérémonie des Oscars : la pieuvre.

Trois cœurs, huit bras, neuf cerveaux et le sang bleu. S’il est un animal curieux, c’est peut-être bien la pieuvre. Pour poser un peu plus le décor, rappelons que la pieuvre est un mollusque marin. De la famille des céphalopodes. Elle est dépourvue de tout squelette. Son corps est entièrement souple. Et la pieuvre… est un poulpe ! Oui oui, vous avez bien lu. Pieuvre et poulpe, c’est du pareil au même. Le truc, c’est que le terme poulpe nous est hérité du grec qui veut dire « plusieurs pieds ». Alors que le terme pieuvre a été emprunté aux pêcheurs de l’île de Guernesey par Victor Hugo. Et il s’est ensuite imposé dans notre langue grâce au succès de son œuvre.

Mais revenons-en aux curieuses caractéristiques de la pieuvre. En 2015, des chercheurs ont séquencé le génome de l’une des 700 espèces de céphalopodes qui existent. Résultat : 33.000 gènes identifiés. C’est plus que l’Homme ! Et côté neurones, il semblerait que la pieuvre n’en compte pas moins de 500 millions. Le double de la souris et autant… qu’un chien ! Répartis dans un cerveau central en forme de donut et huit plus petits cerveaux dans chacun de ses bras. Enfin, quand ils parlent de plus petits cerveaux, les chercheurs pensent ici plutôt à des cellules nerveuses qui contrôlent les mouvements. De quoi permettre à chaque bras de la pieuvre d’agir dans son coin, tout en restant étroitement connecté.

La surprenante intelligence de la pieuvre… C’est bien pourquoi nous nous intéressons aujourd’hui à celle que Victor Hugo décrivait comme un monstre. Mais que certains scientifiques regardent parfois comme des aliens. Selon eux, des œufs de poulpe auraient pu être rapportés sur Terre par des débris de comètes. Wow ! Cette idée-là, s’il est utile de le préciser, ne fait pas l’unanimité. Toujours est-il que la pieuvre montre des capacités de mémorisation, d’apprentissage, d’orientation et d’adaptation à son environnement hors du commun pour un mollusque. Des capacités qui sont même comparables à celles des vertébrés.

Le fait qu’elle utilise des outils est l’un des premiers signes de l’intelligence de la pieuvre. Les chercheurs en ont été témoins à plusieurs reprises. Mais surtout, en 2009, en Indonésie, des poulpes ont été surpris en train de ramasser des coquilles de noix de coco. Après les avoir déterrées puis nettoyées, ils les ont transportées plus loin pour assembler un abri. Une preuve concluante que la pieuvre sait se servir d’outils. Une capacité qui reste rare dans le monde animal.

Les pieuvres sont aussi capables de reconnaître des individus. Des individus qui ne sont pas de leur espèce. Et même des visages humains. Un comportement, encore une fois, assez particulier. Comment le sait-on ? Grâce à des observations et à une expérience menée par des biologistes, notamment. Pendant deux semaines, ils ont demandé à une personne de nourrir les poulpes d’un aquarium et, à une autre, vêtue de la même façon, de les toucher avec un bâton piquant. À la fin de l’expérience, les poulpes avaient adopté des comportements différents face à la « gentille » personne et face à la « méchante » personne.

D’autres histoires racontent comment des pieuvres ont appris à dévisser le couvercle d’un bocal pour récupérer un crabe qui s’y cachait. En seulement… 54 secondes ! Ou encore à éteindre des lumières en projetant des jets d’eau sur les ampoules. Il se murmure même que, du côté de la Nouvelle-Zélande, une pieuvre a ainsi regagné sa liberté. Les scientifiques s’étant fatigués de devoir sans cesse réparer les dégâts. Certains chercheurs avancent ainsi que les pieuvres pourraient avoir conscience de leur captivité. Une hypothèse appuyée par le fait qu’elles semblent toujours vouloir tenter de s’échapper. Y compris en bouchant de leurs bras les vannes de leur aquarium. De préférence lorsque nous, les humains, avons le dos tourné.

Dernière observation surprenante — encore plus pour des animaux réputés pour aimer la solitude : certaines pieuvres semblent avoir appris à construire de véritables cités sous la mer. Au large des côtes australiennes, les chercheurs ont en effet découvert deux structures qui ressemblent à des villes de pieuvres : Octopolis et Octlantis. Le repère d’une quinzaine d’habitants fait de sortes de nids bâtis avec des coquillages. Des cités dans lesquelles les pieuvres semblent se rencontrer et communiquer. Parfois, exclure une résidente. Et toujours, chasser les congénères qui s’en approcheraient. Peut-être le signe de comportements sociaux complexes.

Les chercheurs sont visiblement encore loin d’avoir tout compris de l’intelligence de ces surprenants mollusques marins. Mais une chose est certaine, la pieuvre n’est… pas si bête !

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