À l’heure où les vaccinations contre la Covid-19 pourraient débuter dès la fin de l’année, c’est le branle-bas de combat au gouvernement. Le chef de l’État a dévoilé la stratégie qui encadrera la future campagne de vaccination. Quels acteurs pour la mettre en œuvre ? Quel sera le calendrier ? Quel public sera prioritaire ? Faut-il craindre une pénurie de vaccins ? Et lesquels seront administrés ? 

Quels sont les acteurs impliqués? Hormis la Commission européenne, chargée d’autoriser la commercialisation des candidats-vaccins, après avis de l’Agence européenne du médicament (EMA), plusieurs acteurs planchent sur le sujet en France. La Haute autorité de santé (HAS) se charge des recommandations sur les publics à vacciner en priorité et les modalités à privilégier pour la campagne de vaccination, tandis que le comité « Vaccin Covid-19 », mis en place par les ministères de la Recherche et de la Santé, suit les avancées scientifiques des vaccins en développement.

Sécurisation des commandes, approvisionnement, stockage, transport, population prioritaire, etc. : les décisions à prendre restent nombreuses et impliquent une multitude d’acteurs dont par exemple, les administrations, les collectivités, les soignants, les laboratoires.

Cette délicate coordination est menée au niveau interministériel, entre Santé, Économie et Affaires européennes et au centre de crise sanitaire du ministère de la Santé où un groupe « vaccin » est dirigé par le haut fonctionnaire Louis-Charles Viossat.

Encore incertaine il y a quelques semaines, la perspective d’un vaccin protégeant contre la Covid-19 s’est concrétisée ces deux dernières semaines avec une pluie d’annonces de laboratoires concernant l’efficacité de leur vaccin : Pfizer-BioNTech ont dégainé les premiers, suivis par Moderna et AstraZeneca/Université d’Oxford. À ce stade, ce sont les seuls vaccins en cours d’examen par l’EMA, mais d’autres suivront au cours des prochaines semaines.

« Si nous disposons de plusieurs vaccins, nous ferons le choix de ceux qui nous paraissent les plus sûrs et les plus efficaces », a affirmé le ministre de la Santé Olivier Véran. Outre ces deux critères essentiels, le prix et les conditions de stockage (les vaccins de Pfizer et Moderna doivent être conservés à très basse température, dans des congélateurs spécifiques) pourraient aussi faire pencher la balance.

Si nous disposons de plusieurs vaccins, nous ferons le choix de ceux qui nous paraissent les plus sûrs et les plus efficaces

La France a fait en sorte de « sécuriser le nombre de doses » nécessaires, a assuré mardi Emmanuel Macron. Dans la course mondiale pour s’assurer la disponibilité des vaccins, la Commission européenne a jusqu’ici signé six contrats de pré-commande, assortis d’options d’achat. Ils concernent le Suédo-Britannique AstraZeneca et l’Américain Johnson & Johnson (jusqu’à 400 millions de doses chacun), le duo franco-britannique Sanofi-GSK (jusqu’à 300 millions de doses), l’alliance américano-germanique Pfizer-BioNTech (jusqu’à 300 millions de doses), l’Allemand CureVac (jusqu’à 405 millions de doses) et, dernier en date mardi, l’Américain Moderna (jusqu’à 160 millions de doses).

Selon Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie, 15 % des volumes acquis par l’UE iront à la France. « Nous nous sommes assurés que la quasi totalité des vaccins et tous les ingrédients soient produits en Europe, pour ne pas avoir de difficulté d’approvisionnement », a-t-elle souligné.

« On n’aura pas immédiatement accès à des doses permettant de vacciner l’ensemble de la population, mais (…) je pense que nous ne nous trouverons pas dans une problématique de pénurie », estime Elisabeth Bouvet, présidente de la Commission technique des vaccinations de la Haute Autorité de santé (HAS).

Si toutes les procédures se passent sans problèmes, l’Agence européenne du médicament (l’EMA) pourrait donner dès la deuxième moitié de décembre une autorisation conditionnelle de mise sur les marché pour les deux vaccins les plus avancés, ceux de Pfizer-BioNTech et Moderna, a indiqué la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Moins catégorique, l’EMA a évoqué lundi un feu vert vers la fin de cette année ou le début de l’année prochaine, expliquant qu’il était « difficile à ce stade de prédire avec précision les délais (…) car nous n’avons pas encore toutes les données ».

En France, « les premiers vaccins (…) pourront être administrés dès la validation des autorités sanitaires », a assuré Emmanuel Macron, reprenant cette échéance de fin décembre-début janvier pour le lancement de la campagne vaccinale. La première étape, la vaccination des personnes prioritaires, devrait prendre deux ou trois mois, selon Elisabeth Bouvet.

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La HAS rendra ses recommandations finales sur les publics à vacciner en priorité vers le 30 novembre. On sait déjà que cela concernera les professionnels de santé et du médico-social au contact direct des malades et ceux les plus à risque de forme grave de la maladie : les personnes âgées et celles atteintes d’obésité, de diabète ou de certaines maladies cardiaques et respiratoires. Mais, parmi ces maladies chroniques, lesquelles affectent le plus le pronostic ? À quel âge exact fixer le seuil des « personnes âgées » ?

Certains vaccins pourraient être moins efficaces sur certaines tranches d’âge, ou empêcher de tomber malade mais pas de transmettre le virus

La HAS prévient qu’il faudra aussi tenir compte des caractéristiques propres à chaque vaccin : certains pourraient être moins efficaces sur certaines tranches d’âge, ou empêcher de tomber malade mais pas de transmettre le virus. De ce fait, il est possible que leur utilisation soit dans un premier temps restreinte à certains groupes. Après les publics prioritaires, « des étapes successives seront présentées afin, progressivement, de permettre la vaccination du plus grand nombre », a affirmé Emmanuel Macron.

« Il y aura des gens à convaincre », a reconnu le Premier ministre Jean Castex. Qui voit deux écueils : d’un côté, « le syndrome de la file d’attente et des gens qui se précipitent » ; de l’autre, « des gens qui vous diront : le vaccin j’en veux pas » — près de 50 % de la population, selon les derniers sondages. En tout état de cause, « je ne rendrai pas la vaccination obligatoire », a tranché le chef de l’État.

La Pr Bouvet encourage à faire des médecins généralistes les « promoteurs » de la campagne vaccinale, tirant les leçons de la campagne ratée de la vaccination contre la grippe H1N1 en 2009, où cette profession avait été écartée du dispositif. Cela « n’empêche pas que d’autres intervenants de terrain » comme les infirmiers et les pharmaciens « puissent vacciner » aussi, ajoute-t-elle.

« Si l’ambition est de vacciner 30 millions de personnes assez rapidement, il faudra qu’il y ait plusieurs solutions », a fait valoir Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). Toujours au vu de l’échec de H1N1, la HAS ne penche pas pour l’instant pour le déploiement de grands barnums impersonnels.

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