Changement de mentalité ou changement de Constitution ?

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34 ans déjà depuis l’adoption de la constitution de mars 1987. Ce fut le 29 mars 1987, après de longues années de dictatures féroces des Duvalier, que le peuple haïtien par voie référendaire a voté la loi-mère du pays dans laquelle est définie le mode d’organisation de la société haïtienne tournée vers un système démocratique moderne, inclusif, représentatif et participatif.

La constitution de 1987 est l’acte consacrant la rupture avec la dictature et la création d’une société nouvelle. Elle est le symbole d’une volonté manifeste d’anéantir à jamais les velléités dictatoriales des uns et des autres. Elle est le berceau lequel la démocratie haïtienne a fait ses premiers balbutiements. Elle a fixé les règles du jeu pour une démocratie « polyarchique», c’est-à-dire un gouvernement par le plus grand nombre, une démocratie représentative moderne fondée sur le suffrage universel. La constitution de 1987 a prôné une démocratie à grande échelle. Elle exige :

-Des représentants élus pour contrôler les décisions gouvernementales

– Des élections libres, équitables et fréquentes

– La liberté d’expression

– Des sources d’informations diversifiées

– La liberté d’association

– Un large accès à la citoyenneté. 

C’est une constitution démocratique qui fait des institutions, des libertés individuelles, des droits des citoyens et des élections l’épine dorsale de la société haïtienne. 

34 ans après, nous voici aujourd’hui face à l’histoire. La constitution de 1987 est sur le banc des accusés. Elle est piétinée, bafouée, violée, torpillée et depuis quelques années on lui fait porter le chapeau de tous nos malheurs. Feu René Préval avait dit que : « La constitution est une source d’instabilités ». Cette phrase est depuis lors entonnée comme un refrain par des politiciens, des hommes de loi et certains directeurs d’opinion. La constitution, dit-on, est en crise ; elle ne répond plus aux exigences de la société, elle est dépassée, son temps est révolu. On aura tout entendu de la constitution de 1987, mais il reste certain qu’il a guidé nos pas pendant 34 ans. 

De toute évidence, la constitution de 1987 n’arrive vraiment pas à réguler la politique malsaine qui caractérise le jeu politique à somme nulle que pratiquentnos hommes politiques. L’Assemblée constituante n’a pas su, n’a pas pu anticiper l’hypocrisie des acteurs, leur degré de méchanceté, leurs agissements claniques et leur manque de patriotisme. Oui, elle mérite d’être revue !

Faut-il 34 ans après son existence, la modifier, la remanier, l’amender, ou tout simplement la changer?  Ces questions divisent la société haïtienne et fragilisent le vivre ensemble. 

Tout compte fait, la constitution de 1987 nécessite une «grande lessive ». Feu Monferrier Dorval était de cet avis. Il parlait même d’une nouvelle constitution. Aujourd’hui on s’achemine, selon le vœu du président en place qui a déjà tout mis en œuvre, vers un référendum pour une nouvelle constitution au mépris des prescrits constitutionnels. Quand dans un pays les institutions démocratiques sont défaillantes ou sont dysfonctionnelles, il faut constamment rechercher le consensus. Et de fait sur la nouvelle constitution désirée par le président en place il n’y a pas de consensus.

La constitution de 1987 est encore debout. Elle est le fruit de grands sacrifices. Ce 29 mars 2021, date de son 34ème anniversaire, devrait nous permettre de jeter un regard rétrospectif sur nos erreurs pour changer ce qui mérite d’être changé : l’homme haïtien ou la constitution de 1987?

Ricot Saintil

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