Cette semaine, l’être haïtien s’est retrouvé au comble de la déshumanisation avec cet épisode horrible de migration ratée. Les images circulant sur les réseaux sociaux montrant des agents de la garde frontalière prenant en chasse des compatriotes dans un coin paumé entre le Mexique et les USA prouvent, en matière d’indignité, qu’on a touché le fond à la face du monde. Devant un tel spectacle, on se demanderait même si le reste du monde associe encore le sens du mot dignité à ce que nous représentons, à ceci que cette affaire de dignité est le cadet des soucis de la grande majorité des compatriotes en proie à une manifestation quasi-permanente de l’instinct de survie. C’est-à-dire que certaines fois nous-mêmes faisons preuve du plus grand irrespect envers notre Humanité. Les facteurs servant de cause à cette immense et folle vague de migration en sont une preuve irréfutable.

Depuis des années, de plus en plus d’Haïtiens adoptent l’attitude du « sauve qui peut », de plus en plus de jeunes se prêtent au discours encourageant la fuite du pays pour n’importe où. État d’esprit qui les conduit à prendre le chemin vers l’incertain et l’inconnu peu importe les dangers du parcours. Du coup, le tableau observable sous le pont « Del Rio » représentant la dictature du désespoir et de la nécessité sur des milliers d’âmes ne saurait être consideré comme un hasard. Presque la totalité des compatriotes en situation irrégulière s’y attendaient parmi d’autres issues pires ou meilleures. D’ailleurs, ceux qui sont parvenus jusque-là mériteraient le statut de héros, car beaucoup sont morts en chemin n’ayant pas pu venir à bout des embûches ponctuant leur itinéraire respectif. Pour eux l’expérience est digne d’être assimilée au processus de sélection naturelle où seuls les plus motivés, les forts ou les plus chanceux survivent. Pendant leur long périple, quand les menaces ne viennent des hommes, elles viennent de la nature, le plus triste c’est que l’infortune souvent mortelle de ceux partis avant ne dissuade en rien d’autres groupes.

Selon les informations, les autorités de l’immigration américaine envisagent d’expulser et de déporter près d’une dizaine de milliers d’Haïtiens pendant les semaines à venir. Perspective cauchemardesque pour les compatriotes en question qui accepteraient n’importe quel autre sort sauf celui d’être forcé à revenir. Les quelques clichés sur lesquels on peut voir les policiers sur leurs chevaux lancer des cordes pour attraper les sans-papiers comme de vulgaires animaux suffisent pour voir que ces derniers ne souhaitent pas être refoulés vers Haïti. Le voyage qu’ils ont fait de l’Amérique du Sud à l’Amérique du Nord en passant par le centre en dit long sur leur détermination à trouver un mieux-être. Ils savent tous ce qu’ils veulent fuir, en l’occurence le chômage, la misère, l’instabilité politique et l’insécurité. De surcroit, maintenant ils savent, pour la plupart, qu’ils vont devoir retourner vivre dans leurs quartiers d’origine comme Bel-air, Delmas 2, Delmas 6, Martissant, Croix-des-Bouquets où des foyers de violence se développent de manière effrénée au nez et à la barbe des autorités qui déclarent littéralement forfait.

G.A