En Haïti, notamment quand il s’agit de politique, l’on ne sait pas vraiment quand une nouvelle est bonne ou quand elle ne l’est pas. Coup bas, palinodie, langue de bois, calcul, manipulation…, faire de la politique en Haïti c’est marcher constamment sur des œufs ; c’est un long tâtonnement sur un terrain miné où même les plus madrés se font avoir par le péché de la naïveté. Tel est pris qui croyait prendre ! Récemment, le Premier ministre Ariel Henry et le porte-drapeau de l’Accord de Montana, Magalie Comeau Denis, étaient en tête-à-tête. Ensemble, ils ont discuté de la crise sociopolitique et économique qui fait rage dans le pays, dit-on. Du moins en apparence, c’était une bonne nouvelle pour le pays, puisque le Chef du gouvernement et les signataires de l’Accord du 31 août 2021 se regardent en chiens de faïence depuis un certain temps, s’accusant mutuellement d’incompétences, d’inaptitudes à offrir une Voie au pays.

Faux espoir ! Les lignes n’ont pas bougé. Les positions restent inchangées. C’est la corde raide ! Qui pis est, des signataires de l’Accord de Montana désapprouvent le tête-à-tête qu’ils jugent non-inclusif. Parce que cette rencontre n’a eu le moindre effet sur la crise sinon que le creusement du fossé existant entre les antagonistes, l’on peut croire sans tergiversation, comme l’a d’ailleurs analysé l’ancien Sénateur Youri Latortue, que la démarche d’Ariel Henry n’était qu’un geste politique destiné à la consommation internationale, à l’approche de la tenue, du 6 au 10 juin 2022, du neuvième Sommet des Amériques à Los Angeles (Etats-Unis). Le Chef du gouvernement haïtien voudrait avoir, semble-t-il, de la bonne matière pour étoffer son discours. Du haut d’une tribune internationale, dire qu’Haïti s’engage sur la voie du dialogue c’est le Mot de passe pour entrer dans la bonne grâce du « Blanc », distributeur exclusif de légitimité par usurpation.

Parmi tous les devoirs politiques à accomplir afin de parvenir à forger un vrai Contrat social, il nous faut apprendre à « Sincériser » le dialogue politique en Haïti. Donner la primauté à la sincérité dans un dialogue, c’est prendre le dialogue pour ce qu’il est: « Un pont jeté sur le fossé qui sépare deux corps, deux cœurs, deux sensibilités, deux convictions en vue d’un rapprochement utile et salutaire ». La voie menant à la sincérisation de la politique est longue, très longue, voilà pourquoi nos politiciens préfèrent les « détours ». Parce que la crise pour être résolue fait appel à la patience du Marathonien plutôt qu’à la rapidité du Sprinter, il nous faut marcher droit vers ce but aux vertus fondatrices et fécondatrices. Le mensonge coûte moins cher que la sincérité, mais ne rapporte rien. Apprenons à « parler vrai » !

GeorGes E. Allen