Des milliers d’Afghans tentent de fuir ce lundi via l’aéroport de Kaboul, tandis d’autres gagnent les frontières. Alors que le pouvoir des talibans s’installe dans le pays, une partie de la population locale commence à vivre dans l’angoisse.Des milliers d’Afghans tentent de fuir ce lundi via l’aéroport de Kaboul, tandis d’autres gagnent les frontières. Alors que le pouvoir des talibans s’installe dans le pays, une partie de la population locale commence à vivre dans l’angoisse.

Des milliers d’Afghans tentent de fuir ce lundi via l’aéroport de Kaboul, tandis d’autres gagnent les frontières. Alors que le pouvoir des talibans s’installe dans le pays, une partie de la population locale commence à vivre dans l’angoisse.

Le ton se veut rassurant. Mais visiblement, il ne convainc pas tout le monde. Dans un communiqué, transmis notamment à l’Agence France Presse, l’un des porte-paroles des talibans Suhail Shaheen, rappelle aux combattants de l’organisation islamiste: « Personne n’est autorisé à entrer dans la maison d’autrui sans permission. Il ne peut être attenté à la vie, la propriété, l’honneur de personne ».

Quant aux Afghans qui voudraient quitter le pays? Tout à leur triomphe dans le pays, à l’issue d’une campagne fulgurante qui s’est achevée ce dimanche par une apothéose à Kaboul après les avoir vus rafler les provinces les unes après les autres en une poignée de semaines, les islamistes assurent même qu’ils seront libres de leur mouvement. Une promesse qui répond à l’appel en ce sens de la communauté internationale.

Mais ils sont déjà des milliers de locaux à tenter de quitter le territoire par les airs, en cherchant une place à bord de l’un des avions affrétés sur les pistes de l’aéroport de Kaboul. Ces dernières heures, la situation a d’ailleurs viré au chaos sur place, après que la foule a envahi le tarmac.

Mais il n’y a pas qu’au sein de cette aérodrome Hamid-Karzai que l’angoisse règne. C’est tout un pan de la société afghane qui tremble, tandis que le nouveau régime s’instaure.

Rakhmatula Kuyash, Kaboulien de 30 ans qui a rallié l’Ouzbékistan, au nord de son pays, témoigne: « Ma famille est restée bloquée à la frontière. Je suis perdu. Je ne sais pas quoi faire. J’ai tout laissé derrière moi, ma maison et mon travail. »

Le sentiment de l’imminence de la catastrophe – ou celui de la sentir, déjà, tomber sur ses épaules – a une autre traduction très concrète. Dans les villes, les habitants sont des centaines à se rassembler devant les banques pour en retirer leur argent. il s’agit à la fois de réunir ses ressources mais aussi de faire face à l’explosion des prix provoquée par une situation délétère.

Bostan Shah est policier. Il est l’un des visages de cette foule réduite à faire le pied de grue devant un établissement qui garde portes closes. « Je suis ici depuis 6h du matin mais personne ne s’occupe de nous. J’essaie de retirer mon salaire mais personne ne nous écoute », déplore-t-il.

Un segment de la population afghane a particulièrement à redouter du nouveau pouvoir et singulièrement peu à en attendre: les femmes.

« La situation m’inquiète beaucoup. Les femmes afghanes pourront-elles seulement travailler? La majorité d’entre elles n’ont pas de revenu fiable et vivent de petits boulots. Les autres vivent grâce à leurs maris dont la plupart participent à la guerre », dépeint Pashtana Durrani, responsable de l’association LEARN pour l’éducation des filles afghanes.

Certes, l’arrivée, ou plutôt le retour des talibans, à la tête de l’Etat afghan effraie. Mais la rapidité de cette prise du pouvoir, cette offensive fulgurante qui leur a gagné tout un pays en quelques semaines de printemps et d’été sans rencontrer ni de réplique militaire digne de ce nom ni résistance populaire laisse penser qu’ils disposent eux aussi d’un socle au sein du peuple. La faute au discrédit entourant un pouvoir faible, corrompu, soutenu à bout de bras par les puissances étrangères, et surtout américaine, et qui s’effondre dès lors que celle-ci se retire?

Christian Olsson, professeur de sciences politiques et de relations internationales à l’Université Libre de Bruxelles, directeur du Repi (Recherche et études en politique internationale), a argumenté en ce sens dans les colonnes de L’Echo.

« Si les talibans ont la réputation de se montrer cruels et impitoyables, ils sont relativement impartiaux dans l’application des lois, ce qui est très important en Afghanistan. De plus, ils ont les moyens d’imposer leur jugement, contrairement aux juges issus du régime qui sont, de plus, corrompus. Donc, les talibans représentent un retour à l’ordre, coercitif certes, mais qui laisse enfin espérer une certaine paix », confie-t-il au média belge.

De plus, il remarque que non seulement, l’extraction de leur état-major et les valeurs religieuses rigoristes qu’ils incarnent garantissent aux talibans la bienveillance de nombreux ruraux et des pachtounes qui dominent dans le sud du pays.

Mais ce soutien devrait vite trouver son plafond, notamment dans les villes. Et c’est une société profondément clivée qui transparaît. Myriam Benraad, politologue et experte de la géopolitique de la région, a exposé dimanche à France Info:

« La population afghane n’est pas homogène. Il y a une base partisane, mais dans les sondages d’opinion réalisés, on a très bien vu ces dernières années que le soutien populaire aux talibans a chuté de manière drastique, puisqu’on est aujourd’hui à 15% de soutien dans la population. »

Pour elle, ce n’est pas la connivence d’une part du peuple afghan prévalant sur la peur de leurs concitoyens qui fonde la restauration talibane mais l’impuissance et la sidération générales. « Surtout, la population est totalement résignée et désespérée. Il y a une grande lassitude parmi les Afghans. Après 20 ans de guerre, où ils ont payé le prix lourd, revoir les talibans déferler sur le pays créé un effet de sidération », glisse-t-elle encore.