Selon des journalistes du Washington Post, le général Milley s’inquiétait de l’état mental du président américain, particulièrement après sa défaite aux élections.Selon des journalistes du Washington Post, le général Milley s’inquiétait de l’état mental du président américain, particulièrement après sa défaite aux élections.

Selon des journalistes du Washington Post, le général Milley s’inquiétait de l’état mental du président américain, particulièrement après sa défaite aux élections.

Le nouveau livre du légendaire journaliste du Washington Post Bob Woodward n’est pas encore paru, mais il fait déjà l’effet d’une bombe outre-Atlantique. Car si l’on connaissait l’impulsivité et le côté imprévisible de Donald Trump, difficile d’imaginer que l’ancien locataire de la Maison Blanche faisait peur jusque dans les plus hautes sphères du Pentagone.

Selon des extraits de Péril, le nouveau livre de Robert Costa et Bob Woodward (l’un des journalistes à l’origine du Watergate), le chef d’état-major américain Mark Milley s’est inquiété de l’état mental de Donald Trump dans les derniers jours de son mandat, à tel point qu’il affirme avoir secrètement pris plusieurs mesures pour éviter une guerre, avec la Chine ou l’Iran notamment.

Selon l’ouvrage, le général Mark Milley a convoqué tous ses officiers d’état-major pour leur faire promettre, comme un serment, de ne pas obéir immédiatement en cas d’ordre de Donald Trump d’opérer une action militaire d’envergure. ll craignait effectivement que pour se maintenir au pouvoir, le président américain veuille semer le chaos en créant une crise, via l’arme nucléaire.

Le général Milley aurait aussi demandé à la directrice de la CIA de l’époque, Gina Haspel, et au chef du Renseignement militaire, le général Paul Nakasone, de surveiller de près tout comportement erratique de Donald Trump.

« Certains peuvent penser que Milley a outrepassé son autorité et s’est attribué des pouvoirs excessifs », écrivent les auteurs de Péril. Mais il était convaincu qu’il faisait ce qu’il fallait pour « qu’il n’y ait pas de rupture historique dans l’ordre international, de guerre accidentelle avec la Chine ou d’autres, et que l’arme nucléaire ne soit pas utilisée », ajoutent-ils.

Encore plus étonnant, le chef d’état-major a pris l’initiative d’appeler son homologue chinois le général Li Zuocheng par deux fois. Lors d’un premier appel, le 30 octobre, un peu avant le scrutin présidentiel américain, il déclare:

« Je veux vous assurer que l’Etat américain est stable et que tout va bien se passer », peut-on lire dans les extraits du livre, qui est basé sur les témoignages anonymes de 200 responsables américains. « Nous n’allons pas attaquer ni mener d’opérations militaires contre vous ».

Et le 8 janvier, deux jours après l’assaut meurtrier des partisans de Donald Trump contre le Capitole, Mark Milley passe un deuxième coup de fil pour rassurer Pékin: « Tout va bien », affirme-t-il. « Mais la démocratie, c’est parfois un peu brouillon ».

Ce deuxième appel est intervenu au lendemain d’une conversation téléphonique que le chef d’état-major avait eu avec la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui voulait s’assurer que Donald Trump ne puisse pas utiliser les codes nucléaires. À l’époque, elle avait fait état publiquement de cet appel, dans une lettre à son groupe parlementaire, mais sans entrer dans les détails. Bob Woodward et Robert Costa publient désormais la transcription de la conversation en question:

« Quelles sont les mesures possibles pour empêcher un président déséquilibré de déclencher des hostilités armées ou d’avoir accès aux codes et d’ordonner une attaque nucléaire », demande la démocrate, avant d’ajouter: « S’ils ne peuvent même pas l’empêcher d’attaquer le Capitole, qui sait ce qu’il peut faire d’autre? »

« Je suis entièrement d’accord avec vous », lui répond alors le général Milley qui tente de la rassurer en affirmant que la chaîne de commandement nucléaire passe par « beaucoup de contrôles » pour éviter l’usage abusif de la bombe par un président.

Le principal intéressé n’a pas manqué de réagir aux révélations de ce livre, dont des extraits ont été publiés par le Washington Post ou encore CNN. Et comme on pouvait s’y attendre, Donald Trump n’a pas été tendre avec le général Milley. « Je suppose qu’il sera jugé pour trahison s’il a échangé avec son homologue chinois derrière le dos du président », a lancé le milliardaire républicain dans un communiqué. Dans la foulée, le sénateur républicain de Floride Marco Rubio s’est lui aussi indigné, appelant Joe Biden à démettre « immédiatement » le chef d’état-major de ses fonctions.

Car aujourd’hui, Mark Milley est toujours le chef d’état-major des États-Unis. Interrogé, il dit avoir respecté ses attributions en contactant la Chine. De son côté, la Maison Blanche affirme que Joe Biden a « toute confiance » en Mark Milley.