Quotidiennement terrorisée par des gangs armés sans « but » et sans « idéologie » connus, Haïti végète sous le règne du mal radical, c’est-à-dire de l’injustice radicale, injustifiable. Pris aux pièges de l’insécurité, de l’injustice sociale, du mal moral, de la misère sans nom, le citoyen haïtien n’est plus, depuis fort longtemps, le souverain de sa propre histoire. En fait, on ne peut que vivre à la seconde près ; ici en Haïti, l’espérance de vie est de vingt-quatre (24) heures renouvelables, selon une assez récente lapalissade. Nous nous éloignons chaque jour des petites vertus qui rendent l’homme « Humain », presqu’avec enthousiasme nous tournons le dos à toutes les possibilités de « faire société ».

Entretemps, les grosses saisies d’armes et de munitions effectuées récemment par les autorités douanières, policières et judiciaires quoique louables ne sonnent pas pour autant la fin de la récréation. La preuve : à Delmas le weekend écoulé plus d’une dizaine de personnes ont été enlevées, la guerre a repris à Cité-Soleil où l’on signale quasi quotidiennement des cadavres jetés en pâture aux chiens errants. Au demeurant, les gangs armés sont dépourvus de tout sentiment d’inquiétude et semblent disposer d’un arsenal à revendre aux forces de l’ordre mal équipées qui tentent désespérément de les pourchasser. Nous sommes loin, très loin de la fin de la mauvaise partie.

C’est dans ce climat délétère où la réalité dépasse la fiction que le dialogue a repris entre les « sourds » d’hier, à savoir le Premier ministre Ariel Henry, les signataires des Accords Montana/PEN. Entre xylolalie et logomachie, les positions restent inchangées. Les Montanais-Penois restent attachés à l’idée d’une équipe gouvernementale bicéphale, alors que le Chef de l’Accord du 11 septembre opte pour un pouvoir à connotation paternelle, à savoir sans Président pour lui mettre des bâtons dans les roues. Fidèles à la vieille culture politique de perte de temps, les deux parties ont mis sur pied une commission à vocation de définir les TDR (Termes de référence). Du surplace !

En bon donneur de leçons, la communauté internationale de son coté n’entonne qu’un seul et vieux refrain : dialogue inclusif pour la tenue des élections ! Des élections dans quel contexte ? Des élections au nez et à la barbe des bandits armés qui élisent leur royaume dans les trous à rats des quartiers populaires et qui, à l’évidence, ne veulent aucun « Chef élu » au-dessus de leur tête. L’ignorance feinte des Etats-membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a accouché du Renouvellement du mandat du BINUH. Mission onusienne dont on ne peut rien, vraiment rien espérer, sinon des rapports onusiens sur le nombre de morts par balles à Cité-Soleil, Bel’Air, Martissant, Croix-des-Bouquets.

Que faire ? C’est la question que se posent ceux ayant répondu à l’appel d’un Patriotisme quasi mystique, désireux de vivre dans leur pays bon an, mal an. Les hommes armés de l’entrée sud et les caïds de l’entrée nord de la République de Port-au-Prince assassinent chaque jour dans leurs inhumaines atrocités toute forme de réponse à cette interrogation cardinale. Faut-il appeler à des mouvements profonds de la société qui puissent sortir des conflits ordinaires pour devenir des forces de déstabilisation dignes de peser sur l’avenir du système tout entier ? De là sortira effectivement la solution, mais, Hélas !, la bonne disposition d’esprit du peuple fait encore défaut.

GeorGes E. Allen