Partout en Haïti, on respire une odeur de soufre. Un plan macabre inavoué et inavouable est mis à exécution par des gangs armés dont la superpuissance s’accroit jour après jour. Non limités, les caïds de Martissant, de Bel’Air et de la Croix-des-Bouquets ne se donnent aucune limite. Incertitude, terrible incertitude ! Tout porte à croire qu’elle durera longtemps, très longtemps. En effet, à entendre les vociférations d’un chef de gangs donnant l’éveil aux paisibles citoyens, leur conseillant de rester chez eux sous peine de se faire exterminer, l’on dirait que l’enfer n’a même pas encore commencé. Pourtant, il y a longtemps déjà depuis qu’Haïti a touché le fond de l’abîme. Aujourd’hui plus qu’hier, il n’y a aucune exception qui laisse deviner, au milieu des temps maudits que l’on vit, des temps d’espoir à venir. Même quand ils ne le disent pas, l’Etat a mis en veilleuse son monopole de violence légitime, l’Eglise a jeté aux orties son autorité spirituelle et morale, les citoyens ont longtemps perdu la notion du bien commun…, c’est la République des démissionnés.

Dans cette prison à ciel ouvert qu’est devenue la Première République noire, ceux qui arrivent, on ne sait par quel miracle, à garder un brin de lucidité, se posent des questions à l’ordre du jour, mais pour lesquelles n’existe aucune vraie réponse. Du moins, pas pour l’instant. Que veulent les hommes armés? Comment sont-ils parvenus à avoir droit de préemption sur une grande partie de la zone métropolitaine et sur des villes de province? Pourquoi pointent-ils leurs armes sur des innocents? Quel est le plan? En fait, parce que les armes et les munitions ne tombent pas du ciel, parce que les gros calibres dont les bandits sont détenteurs coûtent chers et ne sont pas Made in Haiti, il est légitime de croire que derrière les forfaits (kidnapping, assassinat, tuerie…) réalisés par des mains visibles se cache un Cerveau invisible. Pourquoi les caïds s’épuisent-ils à faire d’Haïti un enfer? Quel est le plan?

Plus les jours passent, plus les progrès de notre déchéance sont immenses. Qui pis est, nous marchons vers l’apocalypse comme des somnambules. Dans ces temps maudits, il n’y a que les balles qui font autorité. Et les balles, hélas, sont beaucoup plus nombreuses à Martissant, au Bel’Air, à la Croix-des-Bouquets que dans les commissariats et sous-commissariats quasiment désertés. Entretemps, l’excessive lenteur de l’Etat à apporter une réponse claire à la situation délétère, à attaquer de front les bandits pour au moins tenter de les mettre hors d’état de nuire, à appeler la communauté internationale en renfort, fait de lui un complice naturel. A l’évidence, les gangs armés ont encore de beaux jours devant eux pour parachever leur plan macabre, fermant ainsi à jamais derrière nous la porte d’une existence normale…

GeorGes E. Allen