Le dimanche 10 avril 2022, la France a honoré son grand rendez-vous avec la démocratie. Comme c’est le cas depuis 1974, soit 48 ans déjà, des millions de Français étaient librement invités à élire un Président de la République. Aucun prétexte n’a été bon pour ne pas convier le peuple français à la « Grande fête » de la démocratie, les élections. En effet, jusqu’au 7 avril 2022, le pays d’Emmanuel Macron comptait 142.912 personnes tuées par la Covid-19 ; 26,39 millions d’infectés… Autant dire que la France subit encore de plein fouet l’assaut meurtrier de l’épidémie. Bien avant la France, le Chili a tenu son scrutin présidentiel le 21 novembre 2021, avant le Chili les Etats-Unis ont conduit aux urnes leurs citoyens le 3 novembre 2020, avant l’Oncle Sam la République Dominicaine a tourné le dos au Parti de la Libération Dominicaine (PLD) après 16 ans de pouvoir sans partage, toujours par la voie préférentielle des élections démocratiquement organisées. Comme la France, les Etats-Unis beaucoup plus que la France, tous ces pays ont été et sont encore la proie de la pandémie de Covid-19. Pas d’excuses ! No excuses ! No hay excusas ! Le respect des droits civils et politiques ne se négocie pas et ne peut être arbitrairement différé !

On nous objectera principalement que la France et les Etats-Unis sont des grands pays et qu’il ne pouvait être autrement. Soit ! Mais à ce propos, Charles De Gaulle répond sans concession : « Les grands pays le sont parce qu’ils l’ont voulu ». A Franklin Delano Roosevelt de corroborer intelligemment : « En politique, rien n’arrive par hasard. Chaque fois qu’un événement survient, on peut être certain qu’il avait été prévu pour se dérouler ainsi ». Décision. Tel est le maître-mot. La démocratie n’est autre qu’une Décision. Une décision collective lucide, entrée dans les mœurs, et qui structure les idéologies politiques et sociales, les représentations en général. Et nous, qui sommes nous, nous qui nous disons démocrates ? Qu’est-ce qui empêche Haïti d’être grand, en commençant par le simple respect de ses échéances électorales ? Quand cesserons-nous d’accuser le hasard des malheurs dont nous sommes les propres artisans ? Certes, il est vrai que le développement ne peut être importé, mais les grands pays comme ceux à revenu moyen nous donnent quasi quotidiennement des petites leçons démocratiques utiles, qu’il nous suffirait d’apprendre et d’appliquer pour espérer trouver un début de réponse à la grande crise de la démocratie, caractérisée par l’effondrement des valeurs qui la sous-tendent.

Défaite acceptée !

Le 10 avril 2022, peu après 19 heures (heure de Paris), les candidats non qualifiés pour le second tour de la présidentielle française, en l’occurrence Jean-Luc Mélenchon, Eric Zemmour et Valérie Pécresse, ont reconnu leur défaite et appelé leurs électeurs à voter soit pour Marine Le Pen soit pour Emmanuel Macron, suivant leur tendance droitiste ou gauchiste, extrême-droitiste ou centriste. Outre la leçon du respect de l’échéance, le scrutin français, via ses candidats malheureux, nous a donné une autre leçon toute simple, qui n’est pour autant ni simplificatrice ni simpliste : l’acceptation de la défaite est une valeur éminemment démocratique. Effectivement, outre son attitude et aptitude à convaincre les potentiels électeurs d’abandonner leurs références privées pour lui accorder leur vote, un candidat prouve sa valeur également dans sa capacité d’accepter sa défaite. Pour peu que nos hommes politiques soient attentifs, ils pourront apprendre de l’étranger, indirectement et sans diktat, de belles petites leçons démocratiques… Rendez-vous au 24 avril 2022 avec Macron et Marine, pour une autre petite leçon à valeur hautement démocratique !

GeorGes E. Allen