Décidément, Haïti est abonnée à la rareté de carburant ! Depuis tantôt deux semaines, le pays fait face à sa deuxième pénurie d’essence sous la « Présidence gouvernementale » d’Ariel Henry, en moins de dix mois. Gâchis ! Rareté d’hommes, rareté d’idées, rareté de convictions, rareté d’engagements…, l’on sait tous, depuis fort longtemps, qu’Haïti est la République de toutes les raretés. Mais, personne n’aurait osé penser qu’un pays déjà en panne de « bons Conducteurs » allait connaître dans son itinéraire des pénuries d’essence à répétition. Comme le manger et le boire, le carburant c’est le strict minimum. La transversalité de ce produit lui confère une importance de premier ordre. D’où, aucun pays digne d’être appelé Pays ne peut se permettre d’en être en manque. Ni dirigée, ni administrée, Haïti s’autorise toutes les bêtises. L’on rapporte que, ne disposant pas de la quantité suffisante de carburant, un avion civil qui a quitté les États-Unis à destination de Port-au-Prince le dimanche 24 avril 2022, a dû atterrir en République Dominicaine pour faire le plein. Une circulaire portant la signature du Directeur des opérations à l’Autorité Aéroportuaire Nationale (AAN), Jean Joseph Labossière, a bel et bien confirmé, la veille, que le Jet A-1 fuel n’était pas disponible à l’Aéroport International Toussaint Louverture.

Faire en sorte que le carburant, produit transversal, soit toujours disponible en Haïti pour éviter au peuple de connaître plus de petites misères inutiles, voilà un défi insignifiant que les Gouvernements qui se sont succédé, de René Préval à Michel Martelly, en passant par Jocelerme Privert, Jovenel Moïse, jusqu’au Premier Ministre-Président, Ariel Henry, ne peuvent relever. Notre HONTE est énorme et s’écrit en gras. 

Comment sommes-nous parvenus à vivre dans un pays où l’on ne peut compter sur l’État même pour le strict minimum? La question ne se pose même pas, puisqu’il y a longtemps déjà qu’Haïti a délibérément renoncé à être un pays, à faire société, à bâtir un État doté des traits caractéristiques (technicité, impersonnalité, omnipotence, continuité) aptes à rendre la vie possible. Du statut de Première République noire, nous sommes devenus brutalement une société de zombies fonctionnels. Les zombies-gouvernants et les zombies-gouvernés ne se rappellent plus, comme l’a d’ailleurs cru avec force et conviction Jacques Stephen Alexis dont nous célébrons le centenaire de l’anniversaire de naissance cette année, que « la politique c’est la science du possible ». Mais, depuis fort longtemps, hélas, nous ne faisons de la politique que pour impossibiliser le possible et faire d’Haïti un enfer où même le diable refuserait d’y trouver refuge. 

GeorGes E. Allen