C’est au local de Sant Lakay, situé à Delmas 83 que s’est déroulée une journée de réflexion sur l’insécurité en Haïti ce mardi 31 mai 2022. À l’initiative du Bloc d’Appui à l’Accord de Montana (BAAM), une conférence débat s’est tenue autour du thème « La problématique de l’insécurité en Haïti, quelle solution ? » L’ancien Sénateur Youri Latortue, l’ancien Colonel Himler Rébu et le Dr. Enol Arol Alphonse, ont été les principaux intervenants. Une activité réalisée pendant 4 heures sous le regard bienveillant de la presse.

D’emblée, l’ancien Sénateur Francenet Dénius, coordonnateur Général de cette structure politique a donné le coup d’envoi. L’ex parlementaire tenait à remercier les intervenants, la presse et l’assistance. M. Denius, dans son allocution, rappelle que la question de sécurité concerne toutes et tous.

De cette insécurité généralisée, ensuivent la décapitalisation et la division de certaines familles, ainsi que la fuite des cerveaux vers d’autres pays, a-t-il argumenté avant d’annoncer au grand public qu’un document sera élaboré par le BAAM autour des propositions sur la sécurité publique. A tour de rôle, sont intervenus des personnalités expérimentées dans l’armée et dans la police pour des expertises en la matière.

Le Dr. Alphonse, également Commissaire de Police a axé son intervention, « in limine litis » sur les infrastructures organisationnelles de l’État sur le plan spatial et organisationnel. Il a fait mention également de l’aménagement du territoire sur le plan sécuritaire et sur les services de proximité.

Quant à l’ancien Sénateur Latortue, il a puisé ses arguments dans son ouvrage titré « Quelle force publique pour Haïti » qu’il a rédigé en 2006 lors de son premier mandat sénatorial. Le numéro 1 de AAA, avant de faire une historicité sur l’armée en Haïti, propose la mise en place d’une force répressive incluant la sécurité humaine ainsi que celle de l’environnement.

L’ancien militaire rappelle qu’en 1915, lors du débarquement des américains en Haïti, ils avaient créé la Gendarmerie pour mieux gérer l’espace territorial. Il a également évoqué pour les autorités haïtiennes que la sécurité publique s’occupe de l’état de droit et la sécurité nationale s’en charge de la souveraineté et de la défense nationale.

L’ancien président du sénat démontre que la police et l’armée ne sont pas des forces parallèles, mais complémentaires en se référant au règlement intérieur de l’armée qui stipule que tout officier de l’armée est un officier de police. M. Latortue propose la réorganisation des forces publiques, la professionnalisation de la police nationale et la création des forces d’intelligence. Le natif des Gonaïves déplore la connivence des autorités haïtiennes dans la prolifération des gangs armés en les octroyant des fortes sommes d’argent. Il croit dur comme fer que seul un consensus national pourra mettre fin à cette crise multiforme.

De son côté, l’ancien Colonel Himler Rébu, plaide pour l’organisation de la sécurité nationale de façon préventive. Il propose de structurer le service de renseignement sur la douane et sur l’immigration. L’ancien Ministre de la jeunesse et des sports exhorte les forces de l’ordre à pratiquer la formule d’un double verrouillage visant l’interdiction et la restriction des hommes armés à commettre leurs forfaits dans un espace donné.

M. Rébu croit également qu’un collège de sécurité serait utile. Il a même suggéré aux autorités de travailler sur la sociologie criminelle en Haïti car selon lui, il y a de ces crimes qui ne sont pas dans notre culture.

« Il est impossible de sécuriser des gens si au départ leurs identités ne sont pas révélées. Nombreux sont ces Haïtiens qui sont privés d’actes de naissance, de cartes d’identité ou d’adresse », se plaint le colonel qui avoue que ces manques rendent plus difficile le travail de l’État sur la sécurité publique.

Comme objectif premier, le BAAM se donne pour mission de participer et d’organiser des activités liées à la mobilisation pour que l’accord de Montana s’applique dans son intégralité. Cette structure souhaite également que l’accord Montana propose un plan sur la sécurité pour rassurer la population haïtienne.

Richarson Bigot