À l’initiative de la Fondation Haïti Jazz et l’association Caracoli, s’est tenu, en République Dominicaine du 4 au 7 Juin 2022, le dialogue culturel qui vise à renforcer la collaboration binationale dans le domaine de la culture et de la communication.

Étreintes, fous rires, poignées de mains, loin des rebondissements de la crise migratoire qui occupe les esprits ces dernières semaines, c’est une belle journée qui s’annonce sous le sceau de l’unité. Nous sommes au Musée d’Art Moderne de Santo Domingo. Représentants de RARA et GAGA, chercheurs et étudiants défilent. En un clin d’œil, la grande salle est pleine à craquer. Ici, avant le coup d’envoi, les deux rythmes résonnent et se confondent. Seuls les fins connaisseurs parviennent à établir une différence.

Avec un panel constitué de Dagoberto Tejeda, Carlos Andujar, Roldán Mármol (République dominicaine), Jean-Mozart Féron, Jean Sergo Louis (Haïti), les interventions se suivent mais ne se ressemblent pas. Une matinée de discussions autour de ce patrimoine culturel qui unit les deux peuples.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Dialogue Culturel Binational », qui vise à renforcer la collaboration binationale dans le domaine de la culture et de la communication.

Rara haïtien et Gagá dominicain, plus que des rythmes musicaux, une expression commune que se partage l’île depuis longtemps. Cette journée d’activités a été l’occasion pour les organisateurs de souligner les origines, l’évolution mais surtout les similitudes et particularités des rythmes Rara et Gaga au niveau des deux pays.

« En mettant sur une même scène les deux rythmes, cela nous permet non seulement de nous rapprocher mais aussi d’envoyer un signal fort pour montrer que la culture peut briser pas mal de frontières, là où la politique ne parvient pas toujours à réussir », se réjouit Jaunay Pascale, directrice de l’association Caracoli, spécialisée dans les musiques haïtiennes et qui travaille depuis une dix ans avec le groupe rara Follow-Jah .

Présent dans l’ensemble du territoire haïtien, le Rara adopte des formes variées qui lui valent d’être inscrit, depuis 2019, au Registre du Patrimoine Culturel Immatériel Haïtien du Ministère de la Culture, en tant que « Rara et ses différentes manifestations territoriales ».

« Ces échanges ont été très bénéfiques pour les deux délégations. Nous utilisons les mêmes instruments, les mêmes rythmes. Tout ce qui fait la différence entre Rara et Gaga c’est la langue. Nous en avons profité pour apprendre l’origine et l’histoire de cette tendance en République Dominicaine », se réjouit Reginald Joseph, Chanteur, musicien et porte-parole de la bande Follow-Jah de Pétion-Ville.

En République dominicaine, arrivé au début du XXème siècle avec les ouvriers agricoles haïtiens de la canne à sucre, le Rara a évolué de manière autonome pour devenir une manifestation culturelle à part entière de la culture populaire dominicaine dénommée Gagá.

« Nous assistons à une expansion du Gaga. Il existe aujourd’hui plus de 140 groupes de Gaga sur tout le territoire Dominicain même s’ils sont beaucoup plus concentrés dans la région Est du pays. Ce qui est plus important c’est que le Gaga commence à se faire une place dans le milieu urbain », souligne Roldan Marmol, responsable de la fondation culturelle Cofradía.

Invité à titre d’observateur, le professeur Kesler Bien-Aimé qui est également membre de la Commission Nationale Haïtienne de Coopération avec l’UNESCO, de son côté, voit dans ce dialogue « une opportunité unique pour les musiciens, les chercheurs et les étudiants d’échanger sur cette tradition populaire commune aux deux pays de se partageant l’île ».

À la fin de cette journée d’échanges, les deux délégations ont participé à un atelier de percussion et une démonstration des Rara/Gaga sur la cour de la zone coloniale de la capitale dominicaine.

Soutenu par l’Union européenne, le dialogue culturel binational est un projet mis en œuvre par la Fondation Haïti Jazz et l’Association Caracoli. Soulignons que fin juillet 2022, ce sera au tour d’Haïti d’accueillir ces rencontres.

Michel Joseph

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