Depuis quelques jours, le passage vers le Sud du pays par Martissant représente moins de risque. Transformé en véritable champ de bataille depuis tantôt trois mois, la troisième circonscription de Port-au-Prince connaît un froid regain d’activités, tout en gardant son horreur.

Est-ce pour nous convaincre d’une prétendue humanité? Les gangs armés ont cessé de faire parler la poudre, diraient-ils, pour faciliter l’acheminement de l’aide aux victimes du séisme du 14 août 2021, par voie terrestre. Izo, Ti Lapli, Chrisla et leurs soldats nous laissent la lourde addition ornementée d’impacts de balles, des allées, jadis bondées, aujourd’hui complètement inhabitées, et d’une insalubrité plus remarquable que les passants et automobiles qui fréquentent la route.

Banques, stations service et commerces baissent les rideaux de fer, dans un décor d’après-guerre. Des chauffeurs aux volants s’affrontent tel dans un sport d’automobiles, pour quitter Martissant 1, 7, 23, connues comme les zones rouges. Si certains riverains ont regagné leur domicile, d’autres ne sont pas assez convaincus et préfèrent vider les lieux définitivement.

“On ne peut pas faire confiance à des malfrats. Ils n’ont pas de parole d’honneur. Tout peut chambouler à n’importe quel moment”, lance un usager de la route, qui a refusé de regarder en direction de points fixes où se positionnent les bandits.

Elle est fragile, cette trêve. Elle n’est pas un chèque en blanc. Les armes se sont tues certes, mais pour combien de temps? Les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets, puisque les motivations profondes de ces violences mais surtout de cette gangstérisation du pays ne sont toujours pas abordées.

Bientôt la rentrée des classes. Bientôt les élections générales. Il nous faudrait la boule de cristal pour prédire ce à quoi l’entrée Sud du pays ressemblera dans les prochains jours, alors que l’urgence humanitaire persiste dans les trois départements affectés par le séisme.