Pour ne pas laisser les États-Unis, seuls sur la Lune, s’accaparer des ressources naturelles et s’approprier de grands territoires comme le permet le Space Act of 2015, la Chine et la Russie ont décidé de coopérer dans la réalisation d’une base habitée internationale de recherche lunaire. Sa construction devrait débuter à l’horizon 2026 et sa mise en service intervenir dès 2035.

La Chine a dévoilé de nouvelles informations sur son programme d’exploration robotique et humain de la Lune. Elle a notamment détaillé son projet de station internationale de recherche lunaire (ILRS) qu’elle souhaite installer sur la Lune en étroite coopération avec la Russie.

Les deux pays ont officiellement invité tous les pays et organisations internationales à rejoindre ce projet d’installation durable sur la Lune. Il y a trois ans, la Chine avait fait une annonce similaire en invitant les pays membres des Nations unies à utiliser sa future station spatiale, dont le premier module sera lancé jeudi 29 avril. L’objectif de cette initiative est de promouvoir la coopération internationale en matière de vols spatiaux habités et d’utiliser à des fins pacifiques les capacités de cette future station spatiale.

Cette fois-ci, la coopération proposée s’étend au-delà de la simple utilisation de cette future base lunaire. La Chine et la Russie ne s’opposeraient à ce que plusieurs autres partenaires rejoignent le projet et participent activement à son développement. Si la Chine veut s’installer durablement sur la Lune, ce n’est évidemment pas pour y faire du tourisme ni de la science basique. Elle a, comme objectifs affichés, l’exploitation des ressources minérales et de glace d’eau, notamment pour produire les consommables dont auront besoin les futures expéditions humaines à destination de Mars, d’astéroïdes et au-delà du système interne. Les États-Unis, qui visent aussi la Lune avec le programme Artemis et le Gateway, devraient suivre cette affaire de très près, notamment parce que d’autres pays alliés de Washington pourraient rejoindre le projet sino-russe.

Pour l’instant, les deux partenaires n’ont pas souhaité préciser le coût global du projet ni les sommes investies pour l’amorcer. Les grandes lignes du calendrier ont été rendues publiques avec trois grandes phases.

La première phase consistera à localiser à proximité du pôle sud l’emplacement le mieux adapté pour construire cette base. Pour cela, les missions russes Luna 25, 26 et 27 et chinoises Chang’e-6 (cratère Aitken, au pôle sud) et Chang’e-7 seront utilisées. Cette dernière mission est annoncée comme étant très ambitieuse. Elle sera composée d’un orbiteur, d’un atterrisseur et déploiera à la fois un rover et une mini-sonde volante.

Durant les années 2026 à 2030, la construction de la base débutera. Chang’e-8 et Luna 28 se poseront sur le site choisi. Lors de troisième phase, entre 2030 et 2035, plusieurs missions sont prévues pour accélérer la construction du site et une mise en service très progressive. Les premiers humains pourraient y vivre et travailler dès la seconde moitié du siècle prochain avec comme objectif une présence humaine permanente dès la période 2036-2040

Ce qu’il faut retenir

  • Ensemble, la Russie et la Chine souhaitent conquérir la Lune.
  • Bien que la Chine ait rattrapé son retard sur la Russie, certaines technologies lui manquent, mais elle pourra peut-être les acquérir à bon compte grâce à ce partenariat spatial.
  • De son côté, la Russie, en se tournant vers la Chine, se prépare à la fin de la Station spatiale internationale (ISS) et de ses obligations vis-à-vis des partenaires occidentaux liés à ce programme.

Pour en savoir plus

Article de Rémy Decourt publié le 15/03/2021

Pour ne pas laisser les États-Unis, seuls sur la Lune, s’accaparer des ressources naturelles et s’approprier de grands territoires comme le permet le Space Act of 2015, la Chine et la Russie ont décidé de coopérer dans la réalisation d’une station internationale de recherche lunaire. Cette station pourrait soit être une base en dur installée au pôle sud, soit une station spatiale orbitale. Un mémorandum d’accord vient d’être signé entre les agences spatiales chinoise et russe qui invitent également tous les pays à y participer. 

Objectif Lune pour la Chine et la Russie. Les deux puissances spatiales veulent également leur « part de la Lune » mais aussi ne pas trop se faire distancer par les États-Unis dont les ambitions lunaires inquiètent les deux pays, traditionnellement opposés à Washington.

Ce 9 mars, dans un communiqué conjoint, Zhang Kejian, directeur de l’Agence spatiale chinoise (CNSA, China National Space Administration), et Dmitry Olegovich Rogozin, directeur général de Roscosmos (Russian National Aerospace Corporation), ont annoncé avoir signé un « Mémorandum d’accord entre le gouvernement de la République populaire de Chine et le gouvernement de la Fédération de Russie pour la construction en coopération d’une station internationale de recherche lunaire. »

S’inspirant du concept de « village lunaire » ou « Moon Village » proposé par le directeur général de l’ESA, l’Allemand Jan Woerner, ce projet sera ouvert à tous les pays intéressés. Des partenariats internationaux qui « visent à renforcer la collaboration en matière de recherche et à promouvoir l’exploration et l’utilisation de l’espace à des fins pacifiques dans l’intérêt de toute l’humanité », souligne le communiqué. Cela dit, la Chine et la Russie cherchent surtout à fédérer autour d’elles les puissances spatiales des pays émergents d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud qui ne participent pas au programme Artemis des États-Unis. Quant à l’Agence spatiale européenne, il ne fait guère de doute qu’elle participera d’une manière ou d’une autre à cette initiative russo-chinoise. Difficile d’imaginer l’ESA faire l’impasse sur un projet aussi ambitieux, avec d’importantes retombées technologiques, scientifiques et économiques, elle qui coopère déjà avec ses deux puissances spatiales sur plusieurs programmes d’exploration et d’observation de la Terre et qui participe à de nombreuses activées liées aux vols habités.

Cette annonce, qui ne surprend pas les spécialistes, est tout de même assez vague. Bien que cela fasse plusieurs années que Russes et Chinois tendent à se rapprocher autour d’ambitieux programmes spatiaux, on peut s’étonner que ce mémorandum ne précise pas s’il s’agit d’une base habitée sur la surface ou d’une station en orbite à proximité de la Lune. Le communiqué conjoint se borne à préciser qu’il est question d’une « Station internationale de recherche lunaire (ILRS, International Lunar Research Station) [qui] consiste en un ensemble d’outils de recherche expérimentaux créés à la surface ou en orbite de la Lune et conçus pour mener des travaux pluridisciplinaires. »

À cela s’ajoute qu’aucun calendrier n’a été annoncé et encore moins le budget que les deux puissances prévoient d’allouer à ce projet. Cependant, une feuille de route devrait être rendue publique « sous peu » fixant des objectifs calendaires avec, en point de mire, une date de mise en service, vraisemblablement dans le courant de la décennie 2030.

Cela dit, on imagine mal les Chinois, voire les Russes, se cantonner à l’orbite lunaire et ne pas débarquer des taïkonautes et des cosmonautes sur la Lune alors qu’Américains y séjourneront et travailleront d’ici moins d’une décennie. Il faut savoir que les plans de l’Agence spatiale chinoise prévoient la construction d’une base lunaire près du pôle sud qui devrait être mise en service vers 2035, suivie d’une présence humaine prolongée et permanente pour la période 2036-2045. À suivre donc.

Article de Rémy Decourt publié le 19/08/2017

La Chine et la Russie ont décidé de renforcer leurs liens dans le domaine spatial. Cette coopération sera officialisée cet automne. Elle engagera les deux pays sur des programmes emblématiques et d’envergure, notamment l’exploration de la Lune.

Les sanctions occidentales mises en place contre la Russie suite à l’annexion de la Crimée en mars 2014 pénalisent l’économie russe à court terme. Toutefois, ces mesures éloignent la Russie du monde occidental et la poussent vers d’autres pays, comme la Chine et l’Inde. Dans le domaine spatial, malgré des relations de travail excellentes avec la Nasa et l’ESA (le programme de la Station spatiale internationale est un exemple de relations pragmatiques et intelligentes entre tous les partenaires), la Russie se tourne vers les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et d’autres pays comme l’Indonésie, les Émirats arabes unis, le Vietnam et l’Iran.

Dans ce contexte, la Russie et la Chine ont décidé de renforcer leurs partenariats dans le secteur spatial. Cet automne, ces deux pays signeront des accords de coopération pour la période 2018-2022 dans de nombreux domaines. Ils prévoient notamment une exploration commune de la Lune, d’importants transferts de technologies et des partenariats dans le domaine de l’accès à l’espace et le partage de données liées à l’observation de la Terre. Cependant, la Russie ne va évidemment pas réduire son avantage technologique en matière de nouvelles technologies spatiales.

Ces deux pays ont également décidé de rendre compatibles entre eux les systèmes de navigation et positionnement par satellites Glonass (Russie) et Beidou (Chine). Des stations sol de ces GPS russes et chinois seront notamment installées sur le territoire de chacun.

Pour la Chine, ces futurs partenariats arrivent à point nommé : ils pourraient l’aider à résoudre un certain nombre de problèmes technologiques clés pour les étapes futures de son programme spatial. En s’associant à la Russie, la Chine choisit ainsi une manière de contourner les effets des embargos et autres restrictions Itar auxquelles elle est encore soumise.

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