Les musées de Vienne, lassés que leurs nus soient censurés par les géants des réseaux sociaux, ont décidé de se lancer sur la plateforme pour adultes OnlyFans afin d’exposer leurs oeuvres en toute liberté.Les musées de Vienne, lassés que leurs nus soient censurés par les géants des réseaux sociaux, ont décidé de se lancer sur la plateforme pour adultes OnlyFans afin d’exposer leurs oeuvres en toute liberté.

Les musées de Vienne, lassés que leurs nus soient censurés par les géants des réseaux sociaux, ont décidé de se lancer sur la plateforme pour adultes OnlyFans afin d’exposer leurs oeuvres en toute liberté.

À leur manière, les musées de Vienne tapent du poing sur la table: ils ont annoncé qu’ils se tourneraient désormais vers la plateforme Onlyfans pour publier leurs oeuvres de nus et dénoncer la censure à laquelle ils font régulièrement face sur les réseaux sociaux. Egon Schiele, Richard Gerstl, Koloman Moser ou encore Amedeo Modigliani… À plusieurs reprises ces dernières années, plusieurs musées de la capitale autrichienne ont vu les chefs d’oeuvre de leurs plus grands artistes être victimes de censure numérique.

Cette initiative inédite à l’échelle mondiale est à l’initiative de l’Office de tourisme de Vienne, qui dit vouloir défendre « la liberté artistique ». Onlyfans, créé en 2016, fait figure d’ovni en ligne: il s’agit d’une plateforme de partage de photos et de vidéos (souvent) à caractère pornographique, réputée pour permettre de gagner de l’argent rapidement.

Mais surtout, elle est la seule des grandes plateformes en ligne à permettre la diffusion de contenus montrant de la nudité. Toutefois, il n’est pas question que les visiteurs paient pour pouvoir apprécier ces oeuvres. L’Office du tourisme met ainsi à disposition des « Vienna City Card », des accès gratuits permettant à ceux ayant un compte Onlyfans de voir gratuitement en ligne les oeuvres censurées ailleurs.

« Le nu dans l’art fait partie de notre Histoire, de notre culture et de nos vies d’Européens et d’Occidentaux, et ce depuis la Grèce antique ou encore la Renaissance », défend Daniel Benyes, porte-parole du musée de l’Albertina, contacté par BFMTV.com.

Or, qu’elles mettent en scène des nus ou pas, « ces oeuvres interrogent comment on voit le monde, et sont le fruit d’une réflexion des artistes », soutient Deniel Benyes. Pour lui, « une question se pose aujourd’hui: a-t-on vraiment besoin de filtres ou d’algorithmes qui nous dictent ce qu’il faut montrer ou non?. On veut aujourd’hui que les gens s’interrogent sur ces limites qui nous sont imposées. Et surtout, qui sont ces personnes qui nous les imposent? », poursuit le porte-parole du musée.

« L’idée de cette campagne, c’est de faire prendre conscience aux gens de cette forme de censure à l’égard du nu dans l’art », explique à BFMTV.com Helena Hartlauer, porte-parole de l’Office de tourisme de Vienne. « Cela pose problème à plusieurs égards: d’abord par rapport aux artistes, qui ne peuvent pas promouvoir leur travail comme ils le voudraient, dans un monde où les réseaux sociaux sont devenus incontournables pour pouvoir avoir de la visibilité et ainsi exister ».

« C’est assez effrayant », souligne-t-elle. Cette censure insidieuse « bride et ça réfrène la liberté de l’art. Imaginez que cela ait une incidence sur la manière qu’ont les artistes de travailler. S’ils commençent à s’autocensurer par crainte que leur travail soit supprimé des grandes plateformes, c’est très problématique. D’autant que ces algorithmes sont tout sauf transparents: on ignore par quels mécanismes ils décident de supprimer tel ou tel contenu ».

Les musées de Vienne déplorent que des oeuvres de renommée mondiale aint été tout bonnement supprimées ou que leurs comptes officiels eux-même aient été suspendus par les algorithmes stricts des géants de la Tech américaine ou encore chinoise – à savoir Facebook, Instagram ou encore Tiktok – alors que les musées souhaitaient promouvoir leurs oeuvres exposées à Vienne. Et ce au prétexte que ces oeuvres de nus s’apparentaient, selon les plateformes, à des contenus à caractère sexuel.

La célèbre Vénus de Willendorf exposée à Vienne. © Helmut FOHRINGER / APA

En 2018 par exemple, une photo de la célèbre Vénus de Willendorf, une statuette en calcaire du Paléolithique (datant de 25.000 ans) exposée au Musée d’Histoire naturelle de Vienne, est censurée par Facebook et supprimée de la plateforme, considérée comme un contenu pornographique.

L’histoire se répète en 2019, lorsque plusieurs oeuvres du peintre néerlandais Pierre Paul Rubens sont supprimées du compte Instagram du musée Albertina en raison de la nudité des femmes qui y sont représentées. Puis à nouveau au mois de juillet dernier, le compte Tiktok du musée Albertina est définitivement supprimé à cause d’un bout de poitrine féminine visible sur certaines oeuvres de la photographge japonaise Nobuyoshi Araki.

De la même manière en 2018, le Leopold Museum de Vienne avait fait face à des difficultés en voulant faire la promotion de sa collection de nus du peintre expressionniste autrichien Egon Schiele. L’institution avait été victime de censure de la part des régulateurs publicitaires dans plusieurs pays comme en Allemagne, au Royaume-Uni ou aux États-Unis. À l’époque, l’Office du tourisme avait été contrainte d’ajouter des banderoles pour cacher les parties intimes des corps, sur lesquelles elle avait ajouté avec humour: « Désolé, ça a 100 ans mais c’est toujours trop audacieux aujourd’hui ».

Malgré les nombreuses et récurrentes critiques, Facebook (qui est détenteur d’Instagram) se montre relativement inflexible concernant la diffusion de certains contenus sur ses sites. Bien qu’elles aient été très légèrement assouplies en 2020, les règles de Facebook concernant la nudité sont toujours régulièrement pointées du doigt, et accusées de pudibonderie et de manque d’objectivité.

Par exemple, Facebook interdit explicitement les « gros plans sur des fesses complètement exposées » et les « mamelons de femmes découverts« . Mais il n’est pas rare que Facebook supprime des photos de femmes nues montrant leurs formes et leurs bourrelets ou couvrant leurs seins. En 2015, un amateur d’art avait poursuivi Facebook en justice pour avoir supprimé L’Origine du monde du peintre français Gustave Courbet de la plateforme, avant de finalement abandonner ses poursuites.