Avant cette proposition de l’OEA, Jean Price Mars, Anténor FIRMIN, Edmond Paul, et enfin Démesvar Délorme (1831-1901) dans son ouvrage intitulé : la Misère au sein des richesses, réflexions diverses sur Haïti, optèrent tous, sans réserve, par action et prise de position publique, pour le développement de l’agriculture et de l’Industrialisation du pays.

Ces fils dignes d’Haïti furent tous fascinés par tout ce qui se passa en Amérique du Nord (aux États-Unis) et en Europe (la France et l’Angleterre). Ils disputèrent longuement de la démocratie en Amérique et du processus d’industrialisation de la France, et de la place d’Haïti, comme première Nation Noire, Libre et Indépendante dans la nouvelle dynamique économique du monde.

Après ces hommes, il y eut Léon Dumarsais Estimé, originaire des Verrettes, homme politique, premier président noir de Haïti depuis la fin de l’occupation américaine, en 1934, qui fut arrivé au pouvoir après un régime transitoire dirigé par des militaires, dès son discours d’investiture déclara : « Nous allons travailler à la libération financière du Pays, à l’éducation des masses, à l’organisation rationnelle de notre agriculture. Les systèmes progressistes d’organisation, tels que celui des coopératives sera encouragé, afin que le sol enrichisse celui qui le cultive, et non les intermédiaires ».

En matière d’infrastructures modernes, notamment agricoles, Léon Dumarsais Estimé demeure, jusqu’à aujourd’hui, le président le plus progressiste qu’Haïti n’ait jamais connu.

En 1957, lors des élections présidentielles, deuxième au suffrage universel, Pierre Joseph Louis Dejoie (1896-1999), industriel, ingénieur agronome et homme politique haïtien, membre du Parti républicain conservateur (PRC), candidat pour une seconde fois, posa la question de l’emploi dans les industries au cœur du débat électoral. Il avait fait sa campagne autour de la nécessité de développer et moderniser le secteur agricole dont dépendant-surtout à l’époque – une majorité de la population.

Il mettait l’accent sur ce qu’il appelait une fuite des talents paysans. Pour stopper cette fuite, pour empêcher que les paysans haïtiens aillent faire prospérer l’agriculture d’autres pays, Déjoie défendait une politique interventionniste de l’Etat (Comme aux USA ou à l’UE) à base de subventions, de crédits, d’exemptions temporaires d’impôts, etc. S’il était élu, il promettait de créer plus de 400 000 emplois dans le secteur à travers le pays.

Bref, avec tout son potentiel inexploité, l’industrialisation du pays, notamment sur le plan agricole, pouvait/peut faciliter son développement économique.

La deuxième option, non, car aucun pays ne l’a jamais fait. De plus, les voisins d’Haïti n’ont pas la capacité d’accueillir cette population (12 millions selon toutes les estimations), sinon ceux qui sont déjà à certains endroits n’auraient pas dû avoir autant de difficultés à s’intégrer, vivre et travailler décemment.

Au Canada, il fut un temps où la population, entre le 19e siècle et le début du 20e siècle, surtout la partie française du pays, fuyait la pauvreté pour immigrer aux États-Unis. À cet effet, pour comprendre l’ampleur du phénomène, une commission parlementaire fut envoyée aux Etats-Unis. Dans son rapport remis à l’Assemblée, la commission parlementaire, pour arrêter l’hémorragie, avait fait des recommandations. Et c’est grâce à ces recommandations que le Canada alla initier d’importantes réformes politiques, économiques et sociales. D’où le début du développement du Canada.

Haïti, la deuxième option proposée par l’OEA est à la fois acariâtre, grincheuse, hargneuse, alors que la première est plausible. En conséquence, l’émergence d’élites alternatives s’impose désormais!

Witzer MESADIEU
Citoyen Haïtien.