Sur le papier, le vaccin de Pfizer et BioNTech présente un gros désavantage par rapport à ses concurrents : il doit être stocké à très basse température, ce qui exige des infrastructures de stockage et une logistique importante. Pourtant, d’autres vaccins reposant exactement sur la même technologie ne nécessitent pas de telles conditions de stockage. Alors, excès de précaution ou véritable nécessité ?

Le gros bémol du vaccin annoncé par BioNTech et Pfizer, ce sont les conditions drastiques de sa conservation. Le vaccin repose en effet sur l’ARN messager (ARNm) constitué d’un seul brin, et qui est sensible aux enzymes qui découpent l’ARN (les ribonucléases), omniprésentes dans le sang. Pour le protéger, l’ARNm est donc encapsulé dans des nanoparticules lipidiques, qui l’aident également à s’introduire dans la cellule. Sauf que ces nanoparticules sont conçues pour se dégrader progressivement, afin de ne pas causer de dommages à l’organisme. L’ARNm est d’ailleurs lui-même susceptible de se dégrader progressivement au sein de la nanoparticule. De fait, le vaccin doit être impérativement maintenu à température constante de -70 degrés, soit environ quatre fois plus froid qu’un congélateur normal.

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Une contrainte énorme, qui suppose l’emploi de conteneurs spéciaux, et un vrai défi logistique. Pour conserver la chaîne du froid, il faut ajouter constamment de la glace carbonique, un produit inscrit sur la liste des produits dangereux à bord des avions. Une fois acheminées, les doses devront être stockées dans des entrepôts spéciaux, dont ne disposent pas de nombreux hôpitaux et pharmacies. Le gouvernement français affirme ainsi avoir déjà acheté 50 « supercongélateurs », munis d’alarmes et entreposés dans des endroits sécurisés. Il n’empêche que tout ceci constitue un désavantage concurrentiel notoire pour le laboratoire par rapport à ses concurrents. Par comparaison, le vaccin de Moderna reste stable entre 2 °C et 8 °C, la température d’un réfrigérateur standard ou médical, pendant 30 jours.

Pourtant, cette contrainte des -70 °C, voire -80 °C, serait largement superflue, si l’on en croit plusieurs avis de spécialistes. D’abord, le vaccin de Pfizer supporterait -20 °C pendant quinze jours et même 2 °C à 8 °C pendant cinq jours, d’après nos informations. Il suffirait donc de renouveler une livraison à température normale toutes les semaines pour régler le problème de stockage, ce qui ne devrait pas être trop compliqué, car les vaccins à ARN messager, comme celui de Pfizer, sont faciles et peu coûteux à produire grâce à une méthode de fabrication standardisée.

Il n’y a pas de limite technique de température

Mais surtout, la température de -70 °C préconisée par le laboratoire serait un « excès de précaution », pour Thomas Madden, le P.-D.G. d’Acuitas Therapeutics, interrogé par le New Scientist. « Il n’y a pas de limite technique de température », affirme Thomas Madde, qui fabrique les nanoparticules lipidiques pour les producteurs de vaccins. « Mais les vaccins sont développés tellement rapidement qu’on n’a pas eu le temps de mener des tests de stabilité. »

Deux autres vaccins basés sur exactement la même technologie que celui de Pfizer et BioNTech, ceux de l’Imperial College de Londres et de CureVac, une autre biotech allemande, ont d’ailleurs annoncé que leurs vaccins se conservaient à des températures bien plus élevées. Celui de l’Imperial College est stable durant plusieurs mois à +4 °C (la température d’un réfrigérateur standard) et celui de CureVac, appelé CVnCoV, supporte une température de +5 °C pendant trois mois, selon un communiqué de la compagnie. D’après Sarah Fakih, porte-parole de CureVac, l’ARNm de leur vaccin est capable de se loger plus étroitement à l’intérieur de la nanoparticule. Or, « plus l’ARNm est compact, moins il est susceptible de se dégrader », explique Sarah Fakih au site Science. L’entreprise affirme avoir mené des tests à +5 °C et -60 °C montrant des niveaux de stabilité identiques au bout de trois mois, et poursuit actuellement ses études pour prolonger cette durée de vie.

Une étude de 2018 suggère également qu’une stabilité d’au moins six mois à température réfrigérée a été observée pour l’ARNm encapsulé. Une autre option, sur laquelle travaille Pfizer, est de cryogéniser le vaccin sous forme de poudre, qui peut alors être conservée à température réfrigérée (+4 °C) durant 10 mois. Reste à savoir si le vaccin reconstitué conserve la même efficacité.

Alors pourquoi Pfizer et BioNTech ont-ils massivement communiqué sur une température de -70 °C ? Par excès de précaution ? Leur vaccin repose-t-il sur un ARNm moins stable que celui de leurs concurrents ? Contacté, Pfizer nous a renvoyés vers son communiqué officiel indiquant que les conditions de stockage de son vaccin « impliquent une température allant de -70 °C à +/-10 °C », sans plus de précision. Quoi qu’il en soit, il va être bien difficile de jongler avec les différentes contraintes de conservation de tous les vaccins qui arriveront eux le marché. Sachant que toute erreur peut avoir de graves conséquences sur l’efficacité.

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