Notre Collaborateur Marc Guerson Philistin, Co présentateur de l’édition de nouvelles « Dènye Okazyon », a reçu le prix Rock Cadet 2021 dans la catégorie Chroniqueur Judiciaire ». La doyenne du tribunal de première instance de la Croix des Bouquets, Grécia Norcéus, et le professeur Serge Henry Vieux, sont entre autres personnalités ayant reçu également cette distinction cette année, respectivement dans les catégories Magistrat et Avocat. Cette initiative de SOS Liberté, menée par Danielle Morin, vise à récompenser des journalistes et des hommes ou femmes de loi pour leur contribution dans la lutte contre l’impunité, l’incompétence et la corruption dans le système judiciaire haïtien. La cérémonie s’est déroulée ce mercredi 20 octobre 2021 à l’Ecole de la Magistrature, en présence notamment du représentant des tribunaux de première instance au niveau du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), le juge Wando SAINVILIER; des membres de la basoche et des représentants d’organisations de défense de droits humains.

Voici l’allocution prononcée par Marc Guerson, lors de cette cérémonie

Marc Guerson Philistin, recevant le Prix Rock Cadet, le 20 octobre 2021

« Le bon journalisme réveille les nantis installés dans leur confort, et réconforte les affligés.”, disait quelqu’un. Chez nous, cette phrase prend tout son sens, et constitue pour certains, un crédo dans la pratique du métier.

Mesdames, Messieurs, j’aimerais, avant de poursuivre cette brève intervention dans ce moment d’apothéose, vous inviter à honorer la mémoire des victimes de l’insécurité en Haïti, par un moment de silence.

 Pause de 10 secondes 

Merci !!!

Jamais, le pays, n’aura autant besoin des travailleurs de la presse. On nous appelle “les gardiens de la liberté d’expression”, élément essentiel dans toute vraie démocratie. Dans un pays où l’Etat est au service des puissants, nous, journalistes, au lieu de servir de caisse de résonance, devrions chaque jour nous atteler à peindre la réalité, aussi hideuse qu’elle puisse être, et la présenter aux pouvoirs publics qui cherchent toujours à s’en démarquer.

Ce matin, c’est avec beaucoup d’humilité que je reçois le prix Rock Cadet 2021. Cette humilité que j’ai appris à cultiver sur le terrain, en rencontrant des anonymes dont les vies sont inspirantes. En leur accordant une chance de risquer une parole qui perturbe la société dans son faux confort. En faisant écho de leur demande de justice sociale. En leur permettant d’aspirer à l’un de leurs droits fondamentaux: Le droit à la vie.

Loin d’être une récompense – en tout cas, de mon point de vue – ce prix me met face à une grande responsabilité: celle de continuer à faire de ma plume et de ma voix, des instruments utiles, dans une société où ce métier est objet de souillure.

Notre travail, en tant que travailleurs de la presse est un sacerdoce. Aussi, est-ce pourquoi je dédie cette distinction à tous mes collaborateurs de la Radio Télévision Caraïbes, à ma famille qui avait vu en moi, dès mon jeune âge, cette passion pour le journalisme. Je le dédie à tous mes confrères de la presse qui travaillent, comme moi, dans des conditions difficiles, dans un pays où ils sont tiraillés entre précarité et volonté de rester digne.

Je dédie le Prix Rock Cadet 2021 à mon frère, mon ami, mon confrère Diego Charles, disparu dans des circonstances troublantes, aux côtés de l’ancienne journaliste et militante, Antoinette Duclair. A Néhémie Joseph, Vladjimir Legagneur, à Jean Dominique, et pourquoi pas au bâtonnier Monferrier Dorval, le petit Roberto Badio Thélusma, à l’étudiant Grégory St Hilaire…à ces âmes qui périssent dans la géhenne des quartiers populaires. Que vos vies, où vos morts servent d’engrais à la lutte pour une société qui placera La Vie au rang de la “Plus grande institution”.

Je salue également les autres récipiendaires pour leur combat et les félicite pour ce qu’ils ont réalisé au cours de cette année difficile.

Ce prix nous oblige à nous hisser à la dimension de la personne qu’il honore: Me Rock Cadet. Cet ancien doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, ce modèle d’homme qui s’était distingué toute sa vie par son dynamisme, son amour du travail, son sérieux et sa rigueur.

Je remercie les initiateurs du Prix, car s’il demeure un fait que les sociétés sont construites sur des modèles, Haïti n’en saurait en aucun cas une exception. L’Haiti dont nous rêvons, doit avoir pour socle, LE BEAU, LE GRAND et LE BIEN. MERCI!