Réponse à Patricia Camilien, relativement au 5e épisode de l’émission “Koze Kilti Vyòl”

0
1548

J’ai écouté, Madame, avec une attention soutenue malgré son style désultoire, le cinquième épisode, “Pawòl bondye ki patisipe nan kilti vyòl”, de l’émission Koze Kilti Vyòl dont vous étiez l’invitée le samedi 14 novembre 2020. Avant que je ne dise les points sur lesquels une dissension insoluble s’établit entre nous, il me faut reconnaître le caractère louable de quelques-unes de vos actions ou initiatives. Vous dites militer, fût-ce pour souvent la desservir, pour l’égalité entre l’homme et la femme. Vous réprouvez certaines escroqueries. Vous tempêtez contre les harceleurs sexuels, ne fût-ce que ceux qui n’enseignent pas dans les universités, où pourtant ils sont légion. Peu peuvent s’enorgueillir d’une telle hardiesse. Toujours est-il que les personnalités que vous dénoncez me troublent moins que votre mutisme étourdissant sur certaines autres. Finies les louanges. 

En roue libre, vous vous êtes, Madame, acharnée sur la Bible en la décontextualisant. Vous mélangez tout et utilisez des arguments légers pour pourfendre le patriarcat, votre leitmotiv.Excipant de certains passages bibliques complètement sortis de leur perspective, vous incriminez la Bible, la rendant même élogieuse au sujet du viol. Vous auriez dû pourtant vous déprendre de cette délectation morose.

L’émission Koze Kilti Vyòl – son nom est inspiré de l’émission Koze Kilti (de RFI) animé par un godelureau dont vous vous êtes, par envie, fait fort de ralentir l’ascension sociale fulgurante – est une bonne initiative. Vous avez, au cours de l’émission, énuméré des données incertaines ou non factuelles. Ainsi avez-vous dit, à tort, pour stigmatiser le fait que certains essais cliniques recrutent plus d’hommes que de femmes, que les maladies du cœur, pour reprendre vos propres termes, tuent plus de femmes de par le monde. C’est factuellement faux. Vous avez repris à votre compte l’allégation de l’animateur (quasi muet durant ce qu’il convient d’appeler un monologue) que plus de femmes meurent de l’infarctus du myocarde (crise cardiaque avez-vous dit vulgairement). Durant l’émission, la confusion est totale entre crise cardiaque et maladies cardio-vasculaires. Disons, sans nous y appesantir, que ces dernières, plus englobantes, comprennent entre autres l’infarctus du myocardeet l’insuffisance cardiaque. Pour votre gouverne, Madame, -pour des raisons qu’il serait fastidieux d’expliquer ici – l’infarctus (du myocarde) atteint plus fréquemment les hommes, qui conséquemment en meurent davantage. Vous avez malhonnêtement refait la séméiologie cardiaque. À la 20e minute de l’émission, vous n’avez pas plus tôt soutenu que la symptomatologie de l’infarctus chez la femme est mal connue que vous avez commencé à énumérer les symptômes de cette pathologie, lesquels, selon vous, seraient totalement différentsde ceux des hommes. Vous avez extrapolé à toute la planète des données canadiennes en oubliant, entre autres, que les Canadiennes vivent presque deux (2) fois plus longtemps que les Haïtiennes et que les femmes, grâce en partie à leur œstrogène, fort heureusement ne font guère d’infarctus avant 60 ans.Malheureusement, nos courageuses Haïtiennes, pour la plupart, ne vivent pas 60 ans Madame, enquérez-vous de la physiopathologie de l’infarctus plutôt que de vous fier aux billevesées d’une militante, parce qu’elles vous arrangent. Biais de confirmation oblige, vous vous en laissez accroire avec joie. Il suffit de jeter un coup d’œil furtif sur le volume 141, numéro9, sorti le 29 janvier 2020 de l’« American Heart Association Journals » et sur le volume 70 (4 juillet 2017) du non moins fameux « Journal of the American College of Cardiology » (JACC) pour que vous vous en puissiez rendre compte. Cesvolumes sont consultables sur l’internet. On y lit respectivement que, dans la seule année 2017, 64 436 hommes américains (58,4%) contre 45 910 femmes américaines (41,6%), qu’en 2015 par exemple, 9 419 637 d’hommes et 8 501 409 de femmes sont décédés, de par le monde, des maladies cardio-vasculaires. L’intellectuel, me semble-t-il, doit se garder de déraisonner sur des sujets de son incompétence.

Cette pseudoscience flamboyante ne sert pas la cause féminine pour laquelle nous nous devons tous de nous battre. 

Tout bien considéré, vous semblez manquer du sens de la contextualisation. En effet, vous avez sorti de leur contexte certains passages de la Bible pour les mettre au service de votre impiété notoire. Athée endurcie, vous vous êtes posée en exégète de la Bible. L’athéisme, pas plus que l’impiété, ne confère une supériorité intellectuelle. Si vous pouvez vivre sans Dieu, vous avez l’obligation morale de ne pas cracher sur ceux qui pensent vivre mieux grâce à leur foi en Dieu. Cela s’appelle tolérance. Pas plus que les chrétiens (ou autres religieux) ne peuvent ni ne doivent imposer leur foi à qui que ce soit, vous ne devez vous appliquer à les en détourner au nom d’un féminisme militant. On n’oppose pas le fanatisme au fanatisme. J’y opposerais l’action et l’exemple. Le fanatisme, écrivait Rousseau dans la Lettre à d’Alembert, n’est pas une erreur, mais une fureur aveugle et stupide que la raison ne retient jamais. Il n’y a, que je sache, aucune contradiction entre le féminisme non extrémiste et le christianisme. 

Mais imposer ce qu’on tient pour vrai par la force mène à la guerre, écrit Claude Habib à la page 27 de son livre “Comment peut-on être tolérant ?”.  On sait depuis 1789 que “ nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.” Il ne faudrait pas succomber à ce que André Comte-Sponvilleappellerait la “barbarie irréligieuse” qui tiendrait ses adeptes esclaves de leur bêtise et de leur inculture. De la même manière les énergumènes religieux, qui sont prêts à tuer et à mourir, qui pour leur Dieu, qui pour des houris, qui pour la béatitude, doivent renoncer à l’obscurantisme.

Au demeurant, ce féminisme militant- qui voit le patriarcat partout et qui pense que la footballeuse américaine Megan Rapinoe devrait toucher le même salaire que Lionel Messi parce que les deux pratiquent le même sport- n’aidera pas les femmes haïtiennes à s’émanciper. L’écriture inclusive, véritable galimatias, n’aidera pas non plus les paysannes des Belles-Fontaines à s’émanciper. Ce qui, Madame, libérera les femmes haïtiennes des jougs phallocratiques mortifiants, ce sont: 1° une bonne éducation qui leur permettra non seulement de ne pas se laisser tromper, mais aussi d’utiliser leur “capital culturel” comme ascenseur social; 2° l’accès aux soins de santé ; 3° un travail décent dont elles peuvent vivre et qui, pour l’obtenir, n’exigera pas qu’elles se laissent exploiter  sexuellement; 4° l’accès à une formation universitaire de qualité, ce qui leur vaudra d’être appelé qui docteure, qui professeure, qui ingénieure, c’est à ce moment seulement  qu’elles cesseront de se contreficher de la féminisation des noms de métier; jusque-là leur seul métier est non genré, elles sont  “machann” et tant qu’elles seront cantonnées à ce seul rôle de “machann”, elles n’auront que faire de la féminisation des titres ou de professions;  5° une maison qui soit différente de leur ajoupa habituel où maris et enfants le disputent aux rats, cafards, souris en espace; 6° le fait de pouvoir se réaliser sans qu’il  soit besoin qu’elles fassent partie du gotha port-au-princien. C’est cet élargissement de leurs possibilités et de leurs rôles dans la société – non point l’impiété ou la misandrie-, qui viendra à bout de la toute-puissance de la gent masculine à Haïti. Ce n’est pas en participant massivement aux essais cliniques que les femmes feront moins de crise cardiaque, au contraire c’est surtout par la réduction de l’inactivité physique, la prévention de l’obésité, de l’hypercholestérolémie, le contrôle ou la prévention du diabète et de l’hypertension artérielle, la réduction de la consommation du tabac et de l’alcool, qu’elles seront moins frappéesd’infarctus du myocarde. En d’autres termes, quitte à ce que je me répète, l’accès à la culture, à un travail digne de ce nom, à une bonne éducation et à des soins de santé de qualité doit êtreun élément clé dans notre lutte, à tous, pour l’émancipation pleine et entière de la femme.

Je suis un féministe et je persiste à croire que la noble lutte pour l’émancipation de la femme est trop importante pour qu’on la laisse aux seules mains de quelques militantes féministesextrémistes. L’ennemi de la femme haïtienne est nombreux. Ceux-là et Celles-là même(s) qui la veulent défendre, la trahissent. À tort ou à raison, vous critiquez tout. Pourtant vous rabrouez tous ceux qui expriment des opinions contraires aux vôtres. 

Foin de cette intolérance ! 

Dr Jean Webens Jecrois.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici