Une nouvelle catastrophe – l’explosion d’une réserve de carburant – a endeuillé le Liban dimanche, sur fond de pénuries en tous genres. Le pays s’enfonce dans la pire crise économique de son histoire, doublée d’une interminable paralysie politique.Une nouvelle catastrophe – l’explosion d’une réserve de carburant – a endeuillé le Liban dimanche, sur fond de pénuries en tous genres. Le pays s’enfonce dans la pire crise économique de son histoire, doublée d’une interminable paralysie politique.

Une nouvelle catastrophe – l’explosion d’une réserve de carburant – a endeuillé le Liban dimanche, sur fond de pénuries en tous genres. Le pays s’enfonce dans la pire crise économique de son histoire, doublée d’une interminable paralysie politique.

Le Liban est à ce point sur la corde raide que des catastrophes viennent illustrer, en série, les maux profonds dont il souffre. Il y a tout juste un an, une explosion soufflait le port, de Beyrouth, tuant plus de 200 personnes et trahissant l’impéritie des pouvoirs publics et l’opacité générale. Un an plus tard, une question demeure: comment 2750 tonnes de nitrate d’ammonium ont-elles pu être conservées dans les silos de la rade?

Alors que le pays vient de se rappeler de ce triste anniversaire, une autre explosion, celle d’une réserve de carburant, s’est invitée dans l’actualité libanaise, cette fois dans le nord du pays, du côté d’Akkar. Ce désastre, lié directement à la crise du carburant qui sévit sur place, renforce encore le marasme économique et sanitaire local.

Cette situation désespérée s’explique par une crise politique interminable. Personne ne semble pressé de prendre la barre du pays, privé de gouvernement depuis l’été dernier. BFMTV.com passe en revue les multiples raisons de l’actuelle crise au Liban.

C’est le dernier événement dramatique en date au Liban. Dans la nuit de samedi à dimanche, un réservoir d’essence a explosé dans le nord du pays, dans la région d’Akkar. Les flammes ont emporté 28 vies. Il s’agissait d’un réservoir réquisitionné par l’armée afin de gérer la distribution de carburant aux civils et d’éviter la spéculation autour de l’essence en ces temps de pénurie, alors que les Libanais font chaque jour la queue devant les stations-essence dans l’espoir d’en obtenir un peu pour remplir leur moteur.

L’exécutif a immédiatement annoncé, par la voix du président Michel Aoun, l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur les circonstances de ce nouveau malheur, alors qu’on parle pour l’heure de l’explosion d’un camion-citerne consécutive à des heurts. Un jour de deuil national a par ailleurs été décrété.

Si l’événement n’était pas si tragique, le lancement de ces investigations pourrait presque paraître risible. En effet, l’enquête initiée après la double explosion du 4 août 2020 qui a ravagé le port de Beyrouth et des pans entiers de la capitale, tuant 214 personnes et faisant 6500 blessés, est toujours au point mort.

La société libanaise n’a pas oublié l’horreur de la déflagration de ces 2750 tonnes de nitrate d’ammonium. Et son souvenir, ravivé par le drame de ce week-end, hante un débat public où la colère monte. En plus de réponses, l’opinion demande des responsables que la justice se montre incapable de lui fournir.

Aucune condamnation n’a encore été prononcée. Elie Hasrouty, dont le père est mort ce 4 août 2020, a déploré auprès de BFMTV: « Mon père a travaillé durant les guerres, les crises. Il a été tué par son propre État, par ceux qui devaient normalement le protéger ».

Tous les regards sont braqués en direction de la classe politique. Or, celle-ci se défile. Le Liban est sans gouvernement depuis des mois, bien qu’un Premier ministre soit désigné, en l’occurrence Nagib Mikati. La paralysie est même totale depuis que Saad Hariri a renoncé le 15 juillet dernier à former un gouvernement, citant des désaccords avec le président Michel Aoun comme le décrivait Le Monde.

Et Saad Hariri, qui a déjà conduit à plusieurs reprises les rênes de l’exécutif libanais – notamment durant une période de plus de trois ans, entre décembre 2016 et janvier 2020 – ne joue pas franchement l’apaisement depuis ce week-end.

« Le massacre du Akkar n’est pas différent du massacre du port. Si ce pays respectait son peuple, ses responsables démissionneraient, du président jusqu’à la toute dernière personne responsable de cette négligence », a-t-il écrit sur Twitter.

Un message qui témoigne de la discorde empêchant le personnel politique de s’entendre sur la formation d’un gouvernement durable, qui conditionnerait pourtant la sortie de crise mais aussi les aides internationales. Or, le marasme économique dans lequel le Liban est enlisé est complet.

« Selon la dernière édition du Lebanon Economic Monitor (LEM) de la Banque mondiale publié aujourd’hui, la crise économique et financière que connaît le pays pourrait être classée parmi les dix, voire les trois crises mondiales les plus sévères depuis le milieu du XIXe siècle. » Ces mots terribles sont tirés d’une publication de la Banque mondiale – qui note que « plus de la moitié de la population vit vraisemblablement en dessous du seuil de pauvreté national » – en date du 1er juin 2021.

Ramenée en quelques chiffres, la banqueroute financière et économique prend une ampleur effroyable. Le PIB « réel » », selon le qualificatif utilisé par la Banque mondiale, a dévissé de 20,3% en 2020, et devrait encore reculer de 9,5% en 2021. Le PIB par habitant s’est lui effondré de 40%. D’après cet article paru sur le site du JDD le 11 août, le taux de chômage est désormais de 35% et le prix des produits de première consommation s’est envolé: +580% depuis octobre 2020, comme en témoignent ces images récemment filmées par Brut dans un supermarché libanais.

La livre libanaise est quant à elle en chute libre. Elle a perdu 90% de sa valeur comparativement au dollar depuis la fin de l’année 2019. Une temporalité qui démontre que le Liban n’a pas eu besoin ni de l’explosion du port de Beyrouth ni de celle d’un camion-citerne à Akkar pour fléchir sur ses bases.

En-dehors même du chômage et de l’effondrement du pouvoir d’achat devant ces prix qui n’en finissent plus de galoper, la crise altère sensiblement le quotidien des Libanais. Ceux-ci vivent en effet selon un rythme dicté par les pénuries de tous acabits. En plus de cette pénurie de carburant si douloureusement soulignée par l’explosion d’Akkar – une question d’autant plus cruciale que comme le remarque notre correspondante sur place, le pays est connu pour manquer de transports en commun – le Liban doit pour ainsi dire faire sans électricité.

Certains jours, les pannes de courant durent plus de 22 heures. Un blackout qui met en danger la conservation des vivres – alors que la subsistance est déjà très problématique et que les files s’allongent devant les magasins encore ouverts – et entrave les soins dans les hôpitaux. Comme l’a révélé le sujet sur la situation en cours que nous diffusions dimanche, l’hôpital public de Beyrouth ne peut plus compter que sur deux générateurs sur sept et le plus grand hôpital privé de la capitale a annoncé que privé d’électricité, il devrait cesser ses activités sous 48 heures.

De surcroît, la population ne risque pas de trouver un quelconque secours médical ailleurs: les médicaments désertent les pharmacies et leur prix a quintuplé, dénonçait l’ONG Médecins sans frontières il y a quelques jours.

Sur Twitter, le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf alertait dès vendredi l’opinion.

« Il n’y a plus de médicaments, plus de lait pour nourissons, plus de fuel pour les moteurs et donc plus d’hopitaux dans quelques heures, plus de magasin, plus de boulangerie, ni de pain, plus d’essence. Les écoles ne pourront vraisemblablement pas ouvrir à la rentrée et ce, pour une durée indéterminée », a-t-il notamment écrit.

Avant de joindre un cri à cette litanie: « Du Liban où je suis actuellement, je supplie la communauté internationale et l’Europe d’intervenir, avant que le pays ne soit anéanti. Le peuple va mourir de faim devant des hôpitaux, des écoles et des magasins tous fermés ».