En l’espace de seulement huit jours, les fondamentalistes religieux ont repris la moitié des capitales provinciales du pays ainsi que plusieurs villes majeures, et se trouvent désormais aux portes de la capitale, Kaboul.En l’espace de seulement huit jours, les fondamentalistes religieux ont repris la moitié des capitales provinciales du pays ainsi que plusieurs villes majeures, et se trouvent désormais aux portes de la capitale, Kaboul.

En l’espace de seulement huit jours, les fondamentalistes religieux ont repris la moitié des capitales provinciales du pays ainsi que plusieurs villes majeures, et se trouvent désormais aux portes de la capitale, Kaboul.

Face à l’avancée rapide des talibans sur le territoire afghan, les États-Unis ont décidé de réagir. Ce jeudi, Ned Price, porte-parole du département d’État, a fait savoir que dans le cadre de l’évacuation du pays par les armées américaines, Washington avait décidé de « réduire encore davantage » sa « présence diplomatique » à Kaboul « dans les prochaines semaines ».

Pour mener à bien cette évacuation des diplomates américains, le Pentagone va paradoxalement redéployer 3000 soldats à l’aéroport international de la capitale, qui rejoindront les 650 militaires américains encore présents en Afghanistan, a précisé son porte-parole, John Kirby. « Il ne s’agit pas d’une évacuation totale », a toutefois nuancé ce dernier.

Mais « l’accélération des offensives militaires des talibans et la hausse de la violence et de l’instabilité qui en résulte à travers l’Afghanistan sont très préoccupantes », a-t-il estimé. « En conséquence, nous réduisons encore davantage notre présence civile à Kaboul, à la lumière de l’évolution de la situation sécuritaire », a-t-il expliqué.

Des talibans lors de la prise d’Hérat © AFP

Il faut dire que depuis plusieurs semaines, l’avancée rapide des talibans dans le pays est plus qu’inquiétante. Ces dernières heures, c’est Kandahar, la deuxième ville d’Afghanistan, qui est tombée aux mains de l' »Émirat islamique d’Afghanistan« . De fait, seule la capitale, Kaboul, et deux villes majeures, Jalalabad et Mazar-i-Charif, restent actuellement aux mains du gouvernement officiel.

« Kandahar est totalement prise. Les moudjahidine ont atteint la place des Martyrs dans la ville », a tweeté un porte-parole sur un compte officiel des talibans. Un habitant a confirmé à l’Agence France-Presse (AFP) que les forces gouvernementales s’étaient apparemment retirées vers des positions hors de la ville.

Cette impressionnante prise de guerre est accompagnée d’un quadrillage quasi-total du pays. Ces derniers jours, ce sont en effet plusieurs capitales régionales qui sont tombées entre les mains des fondamentalistes dont, dernièrement, Lashkar Gah, capitale de la province du Helmand.

Les talibans à leur entrée à Kandahar © AFP

Ce vendredi encore, les talibans ont aussi pris sans résistance Chaghcharan, plus au centre, capitale de la province de Ghor, et contrôlent désormais près de la moitié des capitales provinciales afghanes, toutes conquises en seulement huit jours.

Jeudi, peu après la chute de Kandahar, ce sont les villes d’Hérat, dans l’Ouest, et Ghazni, à seulement 150 km au sud-ouest de Kaboul qui sont également tombées sous leur joug.

L’essentiel du nord, de l’ouest et du sud du pays est maintenant sous leur coupe. Cette avancée rapide s’explique en partie par l’écroulement de l’armée du pays, peu entraînée et peu rémunérée, qui doit faire face à un parti armé organisé qui s’est reconstruit dans l’ombre ces dernières années, en marge de l’intervention américaine.

Des talibans à Kandahar © AFP

Logiquement, face à ces conquêtes, la question de Kaboul, capitale du pays, se pose alors que les talibans ne se trouvent actuellement qu’à quelques dizaines de kilomètres de celle-ci. Contactée par Franceinfo, Myriam Benraad, politologue, spécialiste du monde arabe et professeure associée en relations internationales ne cache pas son inquiétude pour les jours à venir:

« Du côté taliban on est dans une offensive tous azimuts. […] Tout le monde sait que si les talibans entrent dans Kaboul ça va être un bain de sang », redoute-t-elle, alors que le pouvoir central semble vouloir négocier avec les talibans en leur proposant un partage du pouvoir dans le pays, une proposition qui semble vaine face à la folle avancée des fondamentalistes.

Seulement, comme l’explique à notre antenne Anthony Bellanger, spécialiste des questions internationales, la prise de Kaboul ne sera pas chose si aisée. Depuis 2001, la population locale, qui n’est pas, par essence, favorable au régime taliban, et qui pour la plupart n’a pas connu les récentes guerres, a quadruplé pour arriver à près de 6 millions de personnes. Mais il s’agit également d’un camp retranché pour le gouvernement actuel, qui craint un siège de la cité, qui pourrait alors accélérer la chute de Kaboul.

Une chose est toutefois certaine: les talibans ont aujourd’hui une stratégie bien plus développée que celle mise en place en 1994, lorsqu’ils avaient réussi à conquérir Kaboul pour la première fois, deux ans plus tard, en 1996.

L’avancée rapide des talibans a en fait débuté en mai dernier, quelques semaines seulement après l’annonce faite par Joe Biden du retrait des troupes américains du pays après près de 20 années de guerre. Affirmant avoir « rempli l’objectif », le nouveau président des États-Unis avait souhaité un retrait total d’ici le 11 septembre, date extrêmement symbolique.

Cette semaine lors d’un discours, ce même Joe Biden avait appelé les Afghans à se battre « pour eux-mêmes » face aux Talibans, un argumentaire qui n’a que très peu convaincu le sénateur républicain Mitch McConnell, qui a sévèrement critiqué la politique du démocrate, qu’il juge « dangereuse. »

« L’Afghanistan fonce vers un immense désastre, prévisible et qui aurait pu être évité. Et les tentatives surréalistes de l’administration pour défendre la politique dangereuse du président Biden sont franchement humiliantes », a-t-il dit dans un communiqué repris par Le Figaro.

Preuve de ce désastre, en Afghanistan, la progression des talibans a un coût humain élevé. Au moins 183 civils ont été tués, dont des enfants, en un mois à Lashkar Gah, Kandahar, Hérat et Kunduz, selon l’ONU. Quelque 390.000 personnes ont été déplacées par le conflit depuis le début de l’année, toujours selon l’ONU. Ces mouvements de population se sont accélérées ces dernières semaines, les civils fuyant les régions conquises par les talibans.