Ce jeudi, de violents échanges de coups de feu ont eu lieu dans les rues de la capitale libanaise, laissant planer le spectre d’une guerre civile dans un pays déjà miné par une grave crise économique.Ce jeudi, de violents échanges de coups de feu ont eu lieu dans les rues de la capitale libanaise, laissant planer le spectre d’une guerre civile dans un pays déjà miné par une grave crise économique.

Ce jeudi, de violents échanges de coups de feu ont eu lieu dans les rues de la capitale libanaise, laissant planer le spectre d’une guerre civile dans un pays déjà miné par une grave crise économique.

La crise libanaise a atteint son paroxysme. Ce jeudi, de violents affrontements ont eu lieu dans les rues de Beyrouth, laissant entrevoir les fantômes de la guerre civile qui avait ravagé le pays au coeur des années 70 à 90. Dans un pays encore meurtri par l’explosion du port de Beyrouth et touché par une violente crise économique, le coût de la vie a explosé en l’espace de quelques mois, la population laisse de plus en plus éclater sa colère face à une classe politique inactive et corrompue.

Ce jeudi, à l’appel du Hezbollah et de ses alliés, une manifestation était organisée afin de montrer le mécontentement d’une partie de la population quant au travail du juge chargé de l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth survenue le 4 août 2020.

Subitement, des tirs de snipers dont l’origine n’a pas été déterminée ont ciblé une partie du cortège, et des hommes armés, dont certains portaient des brassards d’Amal et du Hezbollah, ont massivement riposté.

Très vite, les rues se sont remplies de partisans armés des deux partis chiites dans le quartier de Tayouné, tout près du secteur où avait éclaté la guerre civile le 13 avril 1975. Des habitants de ce quartier résidentiel se sont retrouvés pris au piège, entre les tirs des snipers embusqués sur les toits des immeubles et les roquettes lancées par des hommes armés en pleine rue.

Le ministre de l’Intérieur Bassam Mawlawi a fait état de six morts. Parmi les victimes figurent un homme tué par une balle à la tête, un deuxième atteint à la poitrine et une femme de 24 ans tuée par une balle perdue alors qu’elle se trouvait chez elle, selon des sources médicales. Selon la Croix-Rouge libanaise, 30 personnes ont été blessées.

Peu après ces violences, le Hezbollah et le mouvement Amal, dans un communiqué commun, ont accusé des « francs-tireurs postés sur les toits des immeubles » du secteur d’avoir tiré sur les manifestants. La séquence des événements qui a mené à l’embrasement reste cependant confuse.

Le ministre de l’Intérieur Bassam Mawlawi a lancé un appel à « préserver la paix civile », soulignant que « des francs-tireurs » étaient à l’origine des tirs puisque des victimes ont été atteintes à la tête selon lui.

Le Premier ministre Nagib Mikati a appelé au retour au calme et mis en garde contre les tentatives d’entraîner le Liban dans un cycle de violence.

À l’international, la France, par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères, a appelé à l’apaisement et réitéré la nécessité pour la justice libanaise de « pouvoir travailler de manière indépendante et impartiale« .

« La France marque sa vive préoccupation au regard des récentes entraves au bon déroulement de l’enquête relative à l’explosion survenue dans le port de Beyrouth le 4 août 2020, et des violences survenues dans ce contexte. Elle appelle chacun à l’apaisement », a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Il est devenu l’une des personnes les plus en vue au Liban. En tissant ses filets autour de plusieurs responsables malgré les pressions et les menaces, le juge Tareq Bitar, chargé de l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth, est également devenu l’une des icônes de la lutte contre la corruption qui gangrène le pays.

En parallèle, ce discret magistrat de 47 ans s’est également mis à dos le puissant mouvement chiite armé Hezbollah et ses partisans, qui l’accusent de politiser l’enquête et exigent son remplacement.

Si ses opposants appelaient à manifester ce jeudi, sur les réseaux sociaux, les messages d’appui au juge fleurissent, surtout depuis qu’il a été menacé selon des fuites dans la presse par un responsable du Hezbollah, dans un pays à l’histoire jalonnée d’assassinats politiques. Il est d’ailleurs la cible de violentes attaques verbales depuis qu’il a émis mardi un mandat d’arrêt contre un député et ex-ministre d’Amal, allié du Hezbollah.

Avec sa réputation de juge incorruptible et sa volonté de mettre en examen des barons du cartel politique au pouvoir depuis des décennies, il incarne pour beaucoup le symbole d’une justice indépendante, un des derniers piliers du Liban sur le point de s’effondrer.

Depuis l’explosion qui a fait 220 morts le 4 août dernier à Beyrouth, le quotidien des Libanais s’est transformé en un long chemin de croix. Ces dernières semaines, le pays auparavant prospère est touché par l’une des pires crises économiques de l’histoire depuis le XIXe siècle, avait souligné la Banque mondiale.

Les chiffres sont en effet éloquents. Le produit intérieur brut par habitant a de la sorte diminué de pratiquement 40% entre 2018 et 2020. « Une contraction brutale et rapide », peut-on lire dans un document de cette dernière nommé Le naufrage du Liban. Une crise économique causée par des décennies de mauvaise gestion et de corruption.

Fin septembre, le Liban a augmenté le prix des carburants pour la seconde fois en moins d’une semaine alors que l’État en faillite ne parvient plus à subventionner le pétrole, a annoncé le ministère de l’Energie. Une augmentation aux conséquences directes puisque plusieurs centrales du pays ne pouvant être approvisionnées, plusieurs quartiers de Beyrouth se retrouvent désormais dans le noir le plus total.

Pour en revenir à l’explosion de 2020, le gouvernement a dû reporter une réunion prévue ce mercredi à propos de l’enquête alors que le Hezbollah réclamait le départ du juge d’instruction Tareq Bitar.

Pointées du doigt pour négligence criminelle, les autorités refusent de leur côté toute investigation internationale et sont accusées par les familles des victimes et des ONG de torpiller l’enquête locale pour éviter des inculpations.