Deux journées d’intense réflexion pour affronter la criminalité
« L’État ne peut lutter efficacement contre l’insécurité sans s’appuyer sur l’expertise et le dialogue. Il faut combler le vide existant entre décision politique et réflexion scientifique », a laissé entendre le Dr. Luckner Edouard, à l’ouverture officiel de la première édition du Forum international sur la criminologie, les droits de l’homme et la formation des jeunes, les 22 et 23 janvier 2026.
C’est autour du thème : « la criminalité, un fléau mondial à combattre, que s’est déroulé, les 22 et 23 janvier 2026, au Karibe Convention Center, la première édition du Forum international sur la criminologie, les droits de l’homme et la formation des jeunes, une initiative de la Société haïtienne de criminologie et d’études pénales (Sohacep), réalisé en partenariat avec le Ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales et parrainé par l’Ambassade de la République de Chine (Taïwan) en Haïti.
Cette dynamique de la Sohacep qui s’inscrit dans un contexte national marqué par une insécurité persistante et multiforme a constitué un prétexte pour interpeller l’ensemble des institutions publiques et privées de la République. Elle se veut également un « espace de résistance intellectuelle et citoyenne », où différents experts nationaux et internationaux, des autorités civiles et politiques ainsi que des hauts cadres des forces de sécurité nationale à unir leurs voix autour d’une même urgence : « comprendre et combattre la criminalité, fléau mondial qui affecte profondément la société haïtienne ».
Une vision politique appuyée par l’expertise scientifique
« La lutte contre la criminalité ne saurait être gagnée sans une vision politique claire et appuyée par l’expertise scientifique ».Tous les acteurs ayant pris part à ce forum en sont convaincus. Le Ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales aussi. Au cours de son intervention, M. Paul Antoine Bien-Aimé n’a pas manqué l’occasion pour saluer l’initiative de la Sohacepqualifiée de « cadre indispensable de réflexion et de concertationà un moment où la sécurité nationale exige des réponses fondées sur l’expertise et la coordination institutionnelle ». Le Ministrede l’intérieur, en tant que sociologue, a profité de la circonstance pour réitérer son engagement de continuer à accompagner toute démarche scientifique et technique visant à renforcer la prévention, la gouvernance sécuritaire et le respect des droits humains dans les politiques publiques.
« Je tiens donc à assurer ici, au nom du Gouvernement haïtien, que les recommandations issues de vos travaux seront reçues avec attention et feront l’objet d’un suivi au sein de nos structures », a insité le ministre Bien-Aimé.
Une parole lourde de responsabilités
« Conscient que la sécurité n’est pas uniquement une question d’ordre public, mais une condition essentielle de la dignité humaine et du vivre-ensemble », le Général de brigade des Forces armées d’Haïti, Jean Robert Gabriel, a marqué les esprits. Au cours de son intervention, il a pris le soin de présenter la situation d’Haïti, un pays où l’insécurité menace non seulement les citoyens, mais aussi la souveraineté et la cohésion nationale.« La criminalité affaiblit l’État, fragilise les institutions et sape la confiance des citoyens. La réponse doit être nationale, coordonnée et fondée sur une vision à long terme », a-t-ildéclaré, en appelant à une synergie réelle entre forces armées, police, justice et société civile.
« Pour résorber ce péril, nous avons besoin d’une vision claire : l’intelligence criminologique pour comprendre, l’unité des forces de sécurité (PNH/FAD’H) pour protéger, le respect des droits humains pour légitimer et la formation des jeunes pour durer », a-t-il ajouté.
Pour sa part, le commissaire Frantz Lerebours, représentant du Directeur général de la Police Nationale d’Haïti PNH, a rappelé,avec lucidité, que « les armes et les opérations ne suffisent pas à elles seules pour bien mener ce combat. Il faut aussi comprendre les causes profondes de la criminalité et investir d’avantage dansla formation comme leviers essentiels pour réduire considérablement ce phénomène ». D’où, la nécessité d’un dialogue constant entre praticiens de la sécurité, chercheurs et des experts.
Pour sa part, Son Excellence Cheng-Hao Hu, Ambassadeur de la République de Chine (Taïwan) en Haïti, a exprimé le soutien de son pays à cette initiative jugée porteuse de sens. Il a souligné que « la sécurité, les droits de l’homme et la formation des jeunes sont indissociables du développement et de la stabilité des nations », a-t-il fait savoir en rappelant l’importance de la solidarité et de la coopération internationales.
Dire, analyser et comprendre la criminalité
Pendant ces deux journées, des échanges profonds, parfois douloureux, mais toujours constructifs ont rythmé le forum. Les panels et conférences ont permis d’aborder la criminalité sous toutes ses facettes : violence armée, criminalité organisée, fragilité institutionnelle, violation des droits humains, exclusion sociale et vulnérabilité des jeunes. Les débats ont mis l’accent particulièrement sur l’incontournable réalité. Laquelle porte à accepter que la criminalité ne naît pas dans le vide. C’est un phénomène qui se nourrit de pauvreté, d’absence de perspectives, d’affaiblissement de l’État de droit et de crises politiques répétées. Face à ces constats, les participants ont insisté sur la nécessité de réponses globales, humaines et coordonnées.
Il faut préciser également que la jeunesse haïtienne a occupé une place centrale dans les discussions. Tantôt décrite comme victime directe de l’insécurité, tantôt comme force de changement. Elle est apparue comme un acteur clé de la prévention, à condition d’être formée, encadrée et écoutée.
La richesse du Forum a également résidé dans la diversité et l’engagement des participants. Des représentants de la sécurité intérieure du pays, des Forces armées d’Haïti, de la Police nationale d’Haïti, du secteur des droits humains, du milieu juridique et historique et des amis-experts internationaux ont pris part activement aux échanges. Cette mobilisation collective a permis de croiser les regards, de confronter les expériences et de dégager des pistes de solutions réalistes.
Au terme de ces deux journées, une certitude demeure. Ce Forum n’a pas tout résolu. Il a brisé le silence, ouvert des chemins de réflexion et ravivé l’espoir d’une réponse collective à une crise qui ronge le pays depuis trop longtemps, a laissé comprendre le président de la Sohacep qui croit encore en la force des idées, du savoir et de l’engagement citoyen. Les recommandations issues de ces travaux devront désormais se traduire en actions concrètes. En réunissant autorités publiques, forces de sécurité, experts, partenaires internationaux et société civile, le Forum international sur la criminologie, les droits de l’homme et la formation des jeunes s’impose comme une initiative structurante, porteuse d’espoir pour une Haïti plus sûre, plus juste et résolument tournée vers l’avenir.
Joe Antoine Jn Baptiste








