Port-au-Prince : MSF tire la sonnette d’alarme face à l’explosion des violences sexuelles contre les femmes et les filles
Médecins Sans Frontières (MSF) en Haïti a présenté à la presse haïtienne, il y a une semaine, un rapport basé sur dix années de données médicales et de témoignages recueillis au sein de la clinique Pran Men’M, une structure spécialisée dans la prise en charge des survivant(e)s de violences sexuelles et sexistes.
Ce document dresse un constat préoccupant : celui d’une capitale confrontée à une recrudescence alarmante des violences sexuelles visant principalement les femmes et les filles.
MSF décrit une situation grave, dans un contexte marqué par la dégradation continue des infrastructures, l’effondrement des services publics et la détérioration générale des conditions de vie, conséquence de plusieurs années de violences armées.
Au cours des dix dernières années, la clinique Pran Men’M a assuré des soins médicaux et psychosociaux complets à 16 999 survivant(e)s, dont 2 300 entre janvier et septembre 2025 seulement, selon MSF, qui précise que 98 % des victimes prises en charge sont des femmes et des filles.
La cheffe de mission de Médecins Sans Frontières en Haïti, Diana Manila Arroyo, souligne que depuis 2021, le nombre de survivant(e)s de violences sexuelles et sexistes pris(e)s en charge par la clinique a presque triplé. Les admissions mensuelles sont passées d’environ 95 en 2021 à plus de 250 en 2025.
Selon elle, l’explosion de la violence ces dernières années, particulièrement à Port-au-Prince, a de lourdes répercussions sur les femmes et les filles, qui en paient le prix le plus élevé.
Le rapport révèle également que 58 % des survivant(e)s pris(e)s en charge depuis 2022 ont été victimes d’agressions collectives, perpétrées généralement par au moins trois agresseurs. Plus d’une centaine de personnes ont déclaré avoir été agressées par dix auteurs ou plus, un chiffre qui illustre l’extrême brutalité de ces violences.
Parmi les témoignages recueillis, celui d’une femme de 53 ans a profondément choqué. Elle raconte avoir été violemment battue par trois jeunes hommes, qui lui ont notamment brisé des dents.
« Quand j’ai refusé de coucher avec eux, ils m’ont frappée et je suis tombée. Pendant que je luttais, ils m’ont donné des coups dans le dos qui me font encore mal, des mois plus tard. Après m’avoir violée, ils ont violé ma fille… et battu mon mari », confie la survivante.
Selon MSF, les survivant(e)s font face à de nombreux obstacles pour accéder aux soins, notamment la peur de la stigmatisation, l’insécurité persistante, les difficultés financières et le manque d’informations disponibles.
Ces obstacles entraînent des retards aux conséquences dramatiques. Seule une victime sur trois parvient à consulter dans les 72 heures suivant l’agression, délai crucial pour prévenir la transmission du VIH. Par ailleurs, 59 % des patientes ne se présentent pas dans les cinq jours, perdant ainsi la possibilité d’éviter une grossesse non désirée.
Face à cette situation, Médecins Sans Frontières lance un appel pressant à une action urgente et coordonnée des autorités haïtiennes, des prestataires de services, des bailleurs de fonds, des agences des Nations unies et des acteurs de la sécurité, afin de mettre en place une réponse globale, centrée sur les victimes et orientée vers leur rétablissement à long terme.
Richarson Bigot








