Retraite en Haïti : le Dr Jean Gardy Marius plaide pour une meilleure protection sanitaire des pensionnés
À quoi sert une pension si la maladie en absorbe une grande partie ? Cette question a été au cœur de l’intervention du Dr Jean Gardy Marius lors du Forum national sur la modernisation et la consolidation du régime général de retraite en Haïti, organisé par l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA) du 16 au 18 septembre 2026 au Caribe Convention Center.
Intervenant autour du thème « Le rôle de la protection sanitaire dans la consolidation du régime général de retraite en Haïti », le Dr Marius a défendu l’idée qu’une réforme durable du système de retraite ne peut se limiter à la question du versement des pensions. Selon lui, la protection des personnes âgées doit également intégrer l’accès aux soins de santé, la prévention des maladies, la prise en charge de la dépendance et le maintien de l’autonomie.
Le médecin a notamment posé la question de la capacité réelle d’une pension à garantir une vie digne lorsque les dépenses liées aux médicaments, aux consultations, aux examens médicaux ou à une hospitalisation peuvent rapidement peser lourdement sur le budget d’un retraité.
La maladie, un risque sanitaire mais aussi économique
Pour le Dr Marius, la retraite ne doit pas être envisagée uniquement comme le versement périodique d’un revenu après plusieurs décennies de travail. Elle doit aussi permettre au pensionné de préserver un minimum de sécurité, d’autonomie et de dignité.
Cette problématique prend une dimension particulière dans le contexte haïtien. Selon les données évoquées lors de son intervention, plus de 90 % des travailleurs évoluent dans le secteur informel, souvent en dehors des mécanismes classiques de protection sociale. Par ailleurs, une part importante des dépenses de santé est directement assumée par les ménages.
Dans ces conditions, une maladie chronique, une intervention chirurgicale ou une hospitalisation prolongée peut rapidement fragiliser les finances d’une famille. Certains ménages peuvent être contraints de puiser dans leur épargne, de s’endetter ou même de retarder des soins jugés nécessaires.
La situation est particulièrement préoccupante pour les retraités, dont les revenus peuvent diminuer au moment même où les besoins en matière de santé augmentent.
Cinq pistes pour élargir la réforme
Face à ce constat, le Dr Jean Gardy Marius invite à élargir le débat sur la réforme des retraites. Il ne s’agit plus seulement de déterminer le montant qu’un travailleur percevra une fois à la retraite, mais également de s’interroger sur ce qu’il lui restera réellement lorsque des dépenses de santé importantes viendront grever son revenu.
Cinq orientations ont ainsi été soumises à la discussion.
La première concerne la mise en place progressive d’un socle minimal de protection sanitaire permettant aux retraités d’accéder à certains soins essentiels sans avoir à supporter seuls la totalité des coûts.
La deuxième porte sur la mutualisation du risque de maladie. Le principe consiste à répartir les risques sur une population plus large afin qu’un problème de santé ne se transforme pas automatiquement en catastrophe financière pour une personne ou une famille.
La troisième orientation met l’accent sur la prévention. Le dépistage et la prise en charge précoce de maladies telles que l’hypertension, le diabète et les maladies cardiovasculaires devraient, selon cette approche, intervenir bien avant l’âge de la retraite.
La quatrième concerne la dépendance et les soins de longue durée. Le vieillissement peut en effet s’accompagner d’une perte progressive d’autonomie et nécessiter une assistance médicale, sociale ou quotidienne.
Enfin, la cinquième orientation vise à renforcer l’articulation entre protection sociale et protection sanitaire. Pour le Dr Marius, retraite, assurance, prévention, soins et accompagnement du vieillissement ne devraient pas être conçus comme des politiques totalement séparées.
Une réforme progressive et réaliste
Le Dr Marius reconnaît toutefois que la mise en place immédiate d’un système universel couvrant l’ensemble de ces risques serait difficile dans le contexte économique et institutionnel actuel d’Haïti.
L’approche proposée se veut donc progressive, avec la mise en place de mécanismes permettant, à terme, de renforcer la protection sociale des personnes âgées et de réduire leur exposition aux dépenses de santé.
Le Forum de l’ONA a ainsi permis d’élargir la réflexion au-delà des seules questions liées aux cotisations, à l’équilibre financier du régime et au montant des pensions. Il pose également la question de la qualité de vie des personnes après leur départ à la retraite.
« La maladie ne devrait jamais avoir le pouvoir d’annuler la protection économique que la retraite est censée garantir », a déclaré le Dr Jean Gardy Marius, estimant que protéger la pension sans protéger la santé du pensionné revient à laisser ce dernier vulnérable face aux conséquences financières de la maladie.
Au-delà de la question du revenu, le débat sur la réforme des retraites en Haïti touche donc également à la santé, à l’autonomie et à la dignité des personnes âgées. L’enjeu, selon cette approche, est de passer progressivement d’une logique centrée sur la protection de la pension à une politique davantage axée sur la protection de la personne.
GeorGes ALLEN








