APT 6.0 à Jérémie : l’intelligence artificielle au cœur des réflexions sur l’éducation, l’innovation et le développement
JÉRÉMIE – Étudiants, professionnels, passionnés de technologie et acteurs intéressés par les transformations numériques se sont retrouvés, le samedi 19 septembre, dans les locaux de Tek4Kids, sur l’avenue Émile Roumer, à Bordes, à l’occasion de la sixième édition d’APT.
Placée sous le thème « L’intelligence artificielle au service de l’innovation, de l’éducation et du développement », cette nouvelle édition s’est voulue à la fois un espace de formation, de réflexion et d’échanges autour des mutations provoquées par les technologies numériques.
L’initiative, portée par Mackchender Barthélemy, entend contribuer à une meilleure compréhension des outils technologiques et de leurs possibilités dans un contexte où l’intelligence artificielle prend progressivement place dans les activités professionnelles, l’enseignement, l’entrepreneuriat et la production de contenus.

John Boisguéné, Mackchender Barthélemy, Vital Herne Zephy, Bernard Augustin
À Jérémie, les échanges ont surtout permis de ramener ces questions à des réalités proches du quotidien des participants. Au-delà des performances techniques de l’intelligence artificielle, il s’agissait de réfléchir à la manière dont ces outils peuvent servir à apprendre, développer de nouvelles compétences, améliorer certaines activités économiques ou apporter des réponses à des problèmes locaux.
Plusieurs intervenants ont pris part aux discussions, parmi lesquels John Boisguéné, Vital Herne Zephy et Mackchender Barthélemy. Leurs interventions ont permis d’aborder, sous différents angles, l’évolution du numérique, ses usages possibles et les conditions nécessaires pour qu’il puisse constituer un outil de développement.
Spécialiste des systèmes d’information et présentateur de l’émission technologique TekTek, John Boisguéné a notamment invité l’assistance à ne pas considérer l’intelligence artificielle comme une finalité. L’idée défendue est plutôt de partir d’un besoin concret avant de déterminer comment la technologie peut contribuer à y répondre.
« Pa kòmanse ak IA. Kòmanse ak pwoblèm nan », a-t-il résumé, invitant les participants à partir des réalités auxquelles ils sont confrontés avant de rechercher l’outil susceptible de les accompagner.
La réflexion s’est également portée sur les compétences nécessaires dans un environnement où ces technologies deviennent de plus en plus accessibles. Savoir utiliser un outil d’IA ne suffit pas en soi : résoudre des problèmes, rechercher et vérifier des informations, communiquer, comprendre les données et maîtriser un domaine professionnel demeurent essentiels. L’enjeu réside alors dans la capacité à associer ces compétences aux nouveaux outils.
L’éducation a occupé une place importante dans les échanges. Alors que les systèmes d’intelligence artificielle générative sont facilement accessibles aux étudiants, leur utilisation soulève de nouvelles interrogations sur les méthodes d’apprentissage.
Une démarche en quatre étapes a notamment été présentée : penser, demander, vérifier et reconstruire. Elle consiste à mobiliser l’IA comme un outil d’accompagnement sans lui déléguer entièrement le travail de réflexion. L’étudiant est ainsi encouragé à confronter les réponses obtenues à d’autres sources et à reformuler ensuite les connaissances avec ses propres mots.

John Boisguéné, Mackchender Barthélemy
Les possibilités offertes par le numérique dans l’entrepreneuriat ont également été discutées. Dans une région comme la Grand’Anse, les nouveaux outils peuvent servir à certaines petites entreprises ou initiatives individuelles pour structurer des informations, préparer des documents commerciaux, communiquer avec leur clientèle ou mieux présenter leurs produits.
L’un des exemples évoqués au cours de la journée concernait les producteurs locaux. Un entrepreneur travaillant dans la transformation ou la commercialisation du cacao, du fruit à pain ou d’autres produits de la région pourrait, par exemple, utiliser certains outils numériques pour préparer un catalogue, effectuer des traductions, améliorer une présentation commerciale ou organiser des informations liées à son activité.
Ces usages ne remplacent toutefois ni l’expertise humaine ni la nécessité de contrôler les informations produites par les systèmes automatisés.
Les limites et les risques liés à l’intelligence artificielle ont ainsi trouvé leur place dans les discussions. Fiabilité des contenus, protection des données, dépendance technologique, biais et inégalités d’accès figurent parmi les défis évoqués durant la rencontre.
Cette dimension de prudence a permis de replacer le débat dans un cadre plus large : utiliser l’IA suppose également de comprendre ce qu’elle peut faire, ce qu’elle ne peut pas faire et les précautions nécessaires lorsqu’elle intervient dans des activités éducatives ou professionnelles.
La transformation numérique dans son ensemble a constitué un autre axe important de la journée.
Avant de penser à des projets avancés d’intelligence artificielle, plusieurs questions plus fondamentales se posent aux organisations : comment leurs données sont-elles conservées ? Sont-elles organisées et sécurisées ? Existe-t-il des systèmes de sauvegarde ? Les utilisateurs disposent-ils des compétences nécessaires ?
Le débat s’est ainsi élargi à la digitalisation, aux systèmes d’information, à la cybersécurité, à la connectivité et à la formation des ressources humaines. Autant d’éléments qui conditionnent la capacité d’une entreprise, d’une institution ou d’une communauté à tirer véritablement parti des nouvelles technologies.
Vital Herne Zephy a apporté sa contribution aux échanges en partageant sa vision de l’intégration des nouvelles technologies dans l’écosystème local. Son intervention a nourri le dialogue avec l’assistance autour des transformations en cours et de la place que le numérique peut occuper dans les initiatives de développement.
Mackchender Barthélemy, à l’origine de cette sixième édition, est également intervenu sur les opportunités offertes par le numérique et sur l’importance de multiplier les espaces permettant aux jeunes et aux professionnels de mieux comprendre les évolutions technologiques.
Cette complémentarité constituait l’un des intérêts de la rencontre. APT 6.0 ne s’est pas limitée à une succession de présentations : l’événement a aussi servi de cadre aux échanges entre intervenants et participants autour de préoccupations directement liées à leur environnement.
La présence d’étudiants et de jeunes intéressés par le numérique donne par ailleurs une dimension particulière à ce type d’initiative.
Dans une société où les compétences technologiques prennent une place croissante dans de nombreux secteurs, l’enjeu dépasse désormais l’apprentissage de quelques logiciels. Il s’agit aussi de développer la capacité à comprendre les outils, à en mesurer les limites et à les utiliser de manière pertinente dans un domaine précis.
La question du créole a également émergé dans les réflexions sur l’accessibilité de l’intelligence artificielle. Une transformation numérique qui souhaite toucher une population plus large doit pouvoir prendre en compte les réalités linguistiques et culturelles locales. Les discussions ont ainsi fait ressortir l’intérêt de disposer de davantage de contenus et d’outils adaptés au créole haïtien.
À l’issue de la rencontre, les participants ont reçu des documents d’accompagnement ainsi qu’un certificat de participation.
Les principales retombées d’une initiative de cette nature ne pourront cependant être appréciées qu’avec le temps.
Si les connaissances et les échanges générés pendant cette journée débouchent sur de nouveaux projets, des formations complémentaires, des initiatives entrepreneuriales ou des solutions adaptées aux besoins de la communauté, APT 6.0 pourrait contribuer à renforcer progressivement la culture numérique dans la Grand’Anse.
L’un des défis consiste précisément à permettre aux jeunes de ne pas rester de simples consommateurs de technologies, mais d’évoluer vers des usages plus productifs et créatifs.
Cette progression a été résumée lors de l’événement en trois étapes : consommer, collaborer et créer. Autrement dit, passer de la simple utilisation d’un outil à son intégration dans un travail concret, puis à la création de produits, de services ou de solutions.
Dans un département confronté, comme une grande partie du pays, à d’importants défis économiques, éducatifs et technologiques, une conférence ne peut à elle seule provoquer une transformation durable.
Elle peut toutefois contribuer à créer un espace où des jeunes découvrent de nouvelles possibilités, où des professionnels confrontent leurs expériences et où des idées peuvent se transformer progressivement en initiatives.
C’est dans cette continuité que pourrait se mesurer la portée réelle d’APT 6.0.
Car derrière les discussions sur l’intelligence artificielle se pose finalement une question plus large : comment mettre les connaissances, les compétences et les technologies disponibles au service des besoins réels de la Grand’Anse ?
La réponse ne dépendra ni d’un outil unique ni d’un seul acteur. Elle reposera plutôt sur la capacité des établissements de formation, des professionnels, des entrepreneurs, des organisations locales et de la jeunesse à prolonger les échanges engagés à Jérémie et à les transformer, progressivement, en actions concrètes.








