Décès de la journaliste Matiado Vilmée : quand s’éteint une voix debout
Un silence lourd est tombé sur la presse haïtienne. Un de ces silences qui ne crient pas, mais qui brisent. La journaliste Matiado Vilmée est décédée le dimanche 1ᵉʳ février 2026, à l’âge de 36 ans, emportée par un cancer contre lequel elle se battait depuis près de deux ans. À peine revenue du Mexique, où elle espérait encore un sursis à la vie, elle a rendu son dernier souffle à Dorco, dans la commune de Pétion-Ville.
Matiado n’était pas seulement une journaliste. Elle était une présence. Une voix droite dans la tempête. Correspondante de La Voix de l’Amérique en Haïti, elle portait l’information comme on porte une cause, avec rigueur, courage et une foi inébranlable dans le droit de savoir. Elle avançait là où la peur s’installe, là où le danger impose le recul, refusant de détourner le regard.
Caméra vissée à l’épaule, micro tendu vers la vérité, elle arpentait les rues en feu, couvrait les manifestations antigouvernementales, témoignait au cœur des échanges de tirs entre forces de l’ordre et groupes armés. Rien ne l’arrêtait. Ni les menaces, ni l’insécurité, ni la fatigue. Parce que renoncer aurait été, pour elle, trahir sa mission.
Puis la maladie est venue. Sourde, implacable. Opérée il y a deux ans par des médecins haïtiens, son état n’a malheureusement pas connu l’amélioration espérée. Une chaîne de solidarité s’est alors formée autour d’elle, une levée de fonds, des mains tendues, pour lui permettre de poursuivre les soins à l’étranger. Après une rechute, Matiado a passé sept longs mois au Mexique, luttant encore, refusant de céder.
Mais parfois, le courage ne suffit pas. Impuissants, les médecins n’ont pas pu la ramener à la guérison.
De retour au pays ce dimanche, affaiblie, presque au bout du chemin, elle s’est vu refuser l’accès à l’hôpital La Paix à Delmas. Elle a été conduite chez ses parents, à Pétion-Ville. C’est là, entourée des siens, que la vie l’a quittée, dans l’après-midi du dimanche 1ᵉʳ février 2026.
Aujourd’hui, sa dépouille repose dans une morgue privée. Ses parents, la voix brisée, ont confirmé la nouvelle, sans pouvoir encore annoncer la date de ses funérailles.
Avec la disparition de Matiado Vilmée, la presse haïtienne perd plus qu’une journaliste. Elle perd une combattante. Une femme debout. Une conscience qui refusait le silence. Mais son nom, lui, continuera de résonner dans chaque micro levé au nom de la vérité.
Richarson Bigot








