Recherche des origines : nouvelle collecte de tests ADN dans le Grand Sud entamée par l’organisation « Voie d’Espoir »
7 heures du matin, les premiers rayons du soleil éclairent à peine la grande cour de La Cayenne Hôtel, dans la ville des Les Cayes, que déjà des dizaines de parents franchissent le portail. L’événement est annoncé pour 9 heures. Pourtant, dès 7 heures du matin, certains sont là, assis en silence, dossier sous le bras, photos serrées contre la poitrine.
Sur les visages marqués par les années, l’espoir se lit avec une intensité presque palpable. Les regards scrutent l’entrée, les conversations se murmurent, les mains tremblent parfois. Tous attendent la même chose : une possibilité de reconnexion.
« Je ne pouvais pas attendre ce jour car ça fait trop longtemps que j’ai perdu le contact avec mes deux enfants », confie Pheliciane Jeanty, 63 ans, originaire de Faucault, localité située non loin des Cayes. Ses deux enfants ont été adoptés respectivement par des familles française et canadienne en 1998. Depuis, le silence.
Dans la grande salle aménagée pour la cérémonie du projet RAPWOCHE / KONEKTE, les familles déposent sur les tables des photos jaunies par le temps, des actes de naissance froissés, de rares correspondances conservées précieusement comme des reliques. Chaque document est une preuve d’amour, chaque souvenir une tentative de résister à l’oubli.
Appuyé sur le bras de son fils aîné, Gilbert Antoine, 67 ans, venu de Port-Salut, avance lentement. Il a été enregistré au bureau de Voie d’Espoir en 2025. Sa fille a été adoptée en Belgique. Pour lui, effectuer un test ADN aujourd’hui représente une lueur d’espoir tangible.
« J’avais accepté qu’elle parte pour qu’elle ait un meilleur lendemain parce que notre situation était vraiment compliquée à l’époque. On m’avait promis qu’elle reviendrait après ses 18 ans. Mais depuis, c’est le silence absolu », se désole-t-il.
Une problématique nationale : la recherche des origines en Haïti
Au-delà des témoignages individuels, la journée du 23 février met en lumière une problématique plus large : celle de la recherche des origines en Haïti pour les personnes adoptées à l’international.
Durant plusieurs décennies, l’adoption internationale s’est développée dans un contexte souvent marqué par l’urgence sociale, la pauvreté et des catastrophes naturelles. Toutefois, l’absence d’archives structurées, les lacunes administratives et certaines irrégularités ont rendu, pour de nombreux adoptés, l’accès à leurs origines particulièrement complexe.
Aujourd’hui, des milliers d’Haïtiens vivant en Europe et en Amérique du Nord cherchent des réponses : Qui sont leurs parents biologiques ? Dans quelles circonstances ont-ils été confiés à l’adoption ? Ont-ils des frères et sœurs restés au pays ?
Le président fondateur de Voie d’Espoir, Michel Joseph, souligne les défis persistants :
« Nos recherches sont souvent freinées par de nombreuses irrégularités dans les dossiers d’adoption du passé. Certaines informations sont incomplètes, d’autres erronées. Cela complique énormément le travail de vérification et de correspondance. »
Malgré ces obstacles, plus de cinquante tests ADN ont été réalisés lors de cette journée aux Cayes. Les échantillons seront acheminés au laboratoire FamilyTreeDNA pour analyse, dans l’espoir d’établir des correspondances génétiques avec des adoptés à l’étranger.
Entre mémoire et réparation
L’adoption internationale en Haïti porte une histoire complexe, faite de détresse sociale, d’élans de solidarité, mais aussi de zones d’ombre. Pour beaucoup de familles biologiques, le départ d’un enfant représentait une décision douloureuse, souvent prise dans l’espoir d’un avenir meilleur.
Des années plus tard, la séparation non résolue devient une blessure ouverte.
Créée en 2020, Voie d’Espoir s’est donné pour mission d’institutionnaliser la recherche des origines, de structurer les démarches, de sécuriser les données et d’accompagner, avec éthique et rigueur, les adoptés et leurs familles biologiques.
À travers le projet RAPWOCHE / KONEKTE, l’organisation entend rétablir la vérité, restaurer la dignité des familles concernées et créer des passerelles durables vers la reconnexion.
Aux Cayes, ce 23 février, il ne s’agissait pas seulement de prélèvements ADN. Il s’agissait de regards qui espèrent, de cœurs qui attendent, et d’une société confrontée à son histoire.
Dans la grande cour de La Cayenne, l’espoir avait un visage. Et ce visage ressemblait à celui de centaines de parents venus chercher, enfin, une réponse.
RTVC








