Haïti : La quête de légitimité électorale, un pari risqué face au chaos sécuritaire
Par Emmanuel Taulème BRINA
Journaliste | Juriste |
Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avance vers l’organisation du premier tour des élections présidentielle et législatives, annoncé pour le 13 décembre 2026.
Mais une question s’impose : élections pour qui et dans quel pays ?
Comment peut-on parler sérieusement d’élections lorsque l’insécurité continue de priver des milliers de citoyens de leur liberté de circulation, de leur domicile et parfois même de leur droit à la vie ?
Le problème n’est pas l’organisation des élections. Haïti a besoin d’élections. Le problème est de vouloir faire de la date électorale une priorité politique alors que la sécurité demeure l’une des principales faillites de l’État.
Le gouvernement peut publier des calendriers, multiplier les déclarations et promettre le retour à l’ordre constitutionnel.
Mais une démocratie ne se construit pas uniquement avec des bulletins de vote. Elle se construit d’abord avec un État capable de protéger ses citoyens.
Le peuple haïtien ne demande pas seulement une date pour aller voter.
Il demande la possibilité de vivre, de circuler, de travailler et de rentrer chez lui sans être à la merci des groupes armés.
Si le gouvernement veut réellement convaincre, qu’il montre d’abord des résultats sur le terrain.
Combien de territoires ont été repris ?
Combien de citoyens peuvent aujourd’hui rentrer chez eux ?
Quelle garantie réelle sera offerte aux électeurs et aux candidats ?
Comment organiser une campagne électorale libre dans des zones où l’État peine encore à imposer son autorité ?
Voilà les véritables questions.
À force de parler d’élections sans répondre clairement à la crise sécuritaire, le gouvernement risque de transformer un noble objectif démocratique en simple opération de communication politique.
Les élections ne doivent pas servir à cacher l’échec du gouvernement à assurer la sécurité.
Haïti mérite mieux qu’un calendrier électoral.
Haïti mérite un État capable d’assumer pleinement ses responsabilités régaliennes
Et avant de demander au peuple de choisir ses dirigeants, il faut lui garantir le droit fondamental d’exister en sécurité.
Emmanuel Taulème BRINA
Journaliste | Juriste | Défenseur des droits humains








