Oubli ou omission volontaire…, Garry Conille n’évoque jamais la date du 7 février 2026

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Depuis son arrivée dans le pays, 1er juin 2024, Garry Conille multiplie rencontres, paroles et… actions. Oui, le Premier ministre a beaucoup marché, beaucoup parlé, serré beaucoup de mains… Il est en croisade ! Garry Conille a, certes, un porte-parole, mais depuis son installation, 12 juin 2024, c’est lui-même qui porte sa parole. Au regard de la Communication politique, le Premier ministre veut, en se faisant quasi quotidiennement entendre, mieux encore ‘’écouter’’, aux premières heures de sa Gouvernance, incarner le Pouvoir. Sur ce point, Garry Conille, en occupant l’espace public politique comme le seul coq de la basse-cour, n’est pas du tout mal conseillé. Aujourd’hui, il y a le Dr. Conille et le CPT. C’est un fait !

Parlant de bon conseil, un fait majeur attire l’attention : le silence du Premier ministre sur la date du 7 février 2026, retenue dans l’Accord politique du 3 avril 2024 et dans le Décret portant création du Conseil présidentiel de transition, comme le jour J de la passation du pouvoir à des élus (Président, députés, sénateurs, maires…). Est-il dans l’oubli ou dans le refus de répéter ad nauseam ce que la nation sait déjà ? Le doute est permis. S’agit-il d’une omission volontairement entretenue à travers ses multiples discours officiels ou prises de parole impromptues ? Possible. Ou plutôt, évidemment. En guise de début de preuve, l’on soulignera que lors de sa visite au Conseil électoral provisoire (CEP), mardi 18 juin 2024, Garry Conille était dans le parfait contexte pour parler non seulement d’élections mais aussi du fait corrélé, à savoir la passation du pouvoir. Pour peu que le médecin de 58 ans soit véritablement dans le déni, il conviendrait de reconnaitre qu’il est tout de même plus lucide que les membres du Conseil présidentiel de transition, trop pressés ou trop contents de prendre le pouvoir à tout prix ou à l’aveugle ; allant jusqu’à ne pas mesurer l’étendue de la tâche abyssale à accomplir pour arriver à l’organisation d’élections générales dans cette Haïti-là. Pour donner une simple idée de la teneur du travail politico-social à entreprendre, disons qu’à coté du comportement électoral des Haïtiens qui, sans nul doute, s’est déjà modifié dans le mauvais sens de la désaffection démocratique (étant donné la non tenue de scrutins depuis près d’une décennie), l’insécurité généralisée n’est peut-être que l’arbre qui cache la forêt. Autrement dit, il pourrait prendre un temps considérablement long pour (ré)apprendre aux gens le « Sens du vote » et sa nécessité pour la démocratie qui ne rime pas à l’abstentionnisme, indice de dépolitisation ou conséquence, dirait-on, d’une faible insertion sociale.
Visiblement habitué aux diagnostics médicaux dans toute leur complexité, Garry Conille a peut-être mieux sondé l’âme du pays malade que les Conseillers-présidents. Ici, la « compétence technique » qu’invoquait l’Ambassade américaine semble avoir pris de l’ascendant sur le politique.

Priorité : mise en marche de l’Etat

Larvatus prodeo. Comme le philosophe, Garry Conille avance masqué. « On » dit que sa principale mission consiste à réaliser au plus vite les élections, alors que lui pose des actes calculés allant dans le sens de la restauration, sinon du redressement de la superstructure. A preuve, les mesures draconiennes par lui récemment annoncées comme : Tolérance zéro contre la corruption, fin de la fameuse pratique d’accumulation de « chèques zombies », non-autorisation de nomination par les Ministres…, laissent entrevoir déjà une très longue marche s’apparentant à la traversée du désert, qui ne saurait aucunement durer vingt-deux (22) mois ou deux (2) ans. A État failli, élections faillies. L’ancien technocrate de l’ONU le sait bien, ses intelligentes avancées effectuées même dans une quasi timidité politique le prouve. D’ailleurs, le Chef du gouvernement a bien promis qu’il réussira. Pour que cette réussite se cristallise au moins dans l’imaginaire collectif avant de s’inscrire dans le réel, Garry Conille semble penser et agir à l’intersection de deux axes : le premier, entre un Présent sombre à maîtriser et un Avenir incertain à transformer ; le second, entre certaines valeurs immuables de la démocratie (comme l’Etat fort) et une certaine aspiration du peuple qui souhaite en finir avec la corruption et ses promoteurs. Au regard de la politique et ses multiples corollaires, le « jeu » dans lequel le quinquagénaire s’engage froidement est aussi intéressant que dangereux. De là, l’on comprend mieux son refus, sa prudence ou son omission.

GeorGes E. Allen

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